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Le couple idéal (enfin) de Angéla Morelli

7 août 2018


Résumé :
Un goujat égocentrique ! Voilà comment Clara, libraire, qualifie désormais l’écrivain mondialement célèbre Craig Anderson, qui était son auteur de polars favori. Était, car leurs échanges sur les réseaux sociaux lui ont permis de découvrir une toute nouvelle facette de M. Anderson, laquelle n’est pas très reluisante. Après tout, s’il ne supporte pas les critiques de ses romans, il n’a qu’à pas les lire ! Et, comme si cette désagréable déconvenue ne suffisait pas, ce mois d’août à Paris est aussi désert que caniculaire. Heureusement, un séduisant touriste écossais pousse presque tous les jours la porte de sa librairie La Caverne d’Ali-Baba et multiplie les prétextes pour la croiser par hasard…

Moi j'en dis :
Angéla Morelli, Angéla Morelli, Angéla Morelli je j'adore ! J'attends ses publications avec impatience, et depuis quelques romans avec appréhension aussi : j'ai peur qu'elle perde son fabuleux mojo et sa capacité à se renouveler !

Un risque qu'elle dépasse haut la main dans son nouveau roman « Le couple idéal (enfin) » qui met en scène, la dernière copine du trio des Parisiennes : Clara, la libraire ! 
Une héroïne à la personnalité complexe. Elle est mystérieuse, délicate et douce, mais aussi pragmatique et réaliste. Elle est ce qu'on appelle une force tranquille. Zen et souriante, elle fait tout pour ne pas tirer la couverture vers elle et prend de front les situations sans les dramatiser. Toujours là pour épauler ses amies, elle ne demande pas d'elles le même soutien, même quand franchement elle se retrouve dans la panade, parce que la situation de sa librairie frôle la banqueroute. 

Face à elle, Craig Anderson, un auteur de thriller à succès ! Il a une dizaine de romans à son actif, les premiers sont très bons, mais depuis 4 ans, il se contente d'intrigues bourrées d'incohérences. 
Des incohérences que Clara va souligner dans un article sur le blog de sa librairie. À partir de là, un dialogue va s'instaurer entre nos héros. Une conversation qui au départ la surprend et qui va rapidement s'envenimer quand Craig se révèle égocentrique et borné. Le goujat ira même jusqu'à ignorer un refus de la part de Clara et tentera de poursuivre leur dialogue, aka harcèlement, IRL. 

Clairement, Clara voit Craig Anderson comme une pierre qui s'ajoute à son édifice de problèmes ! Heureusement pour elle, elle sera distraite par un touriste écossais que le hasard place régulièrement dans sa routine. 

La force de Madame Morelli a encore frappé : ses personnages sont canons ! Leurs personnalités sont pleines de contrastes et d'aspérités, avec des vulnérabilités réalistes. Le héros n'en est pas moins charmant, intelligent et sexy (sans commune mesure) et l'héroïne indépendante, drôle et bienveillante. Ils ont des défauts à la hauteur de leurs qualités. Il transpire l'authenticité ! 

Ce roman ne se contente pas de mettre face à face nos deux héros, loin de là. La magie de l’auteur consiste à leur donner un panel de personnages qui gravitent autour d’eux, pour le meilleur et pour le pire.
  • C’est Greg qui se coltine le pire, avec notamment une future ex-femme qui symbolise toutes ses mauvaises décisions.
  • Pour le meilleur on (re)découvre le crew de copines de Clara avec Émilie, Louise et Antoine. Des personnages qui ne font pas que de la figuration, non, non, comme à son habitude l’auteur continue à les malmener et leur donne du fil à retordre dans leur propre histoire. Ainsi, ils sont les compagnons de notre héroïne, mais se démènent également pour toucher l’horizon. À l'image de la vie, les rebondissements sont à chaque coin de rue.
Il y a autant de thématiques que de personnages qui sont abordées dans ce roman. Des thématiques tout aussi intéressantes l'une que l'autre et l'auteur les traites avec beaucoup d'intelligence et de finesse : 
  • L’envers du décor des auteurs, avec notamment leur processus d’écriture de Greg. Ainsi, que le rapport entre les lecteurs et les auteurs. Ce point de rencontre crucial, où le lecteur s’empare du travail de l’auteur et l’apprécie... ou non. Ce moment où l’auteur fait face à la critique. Mais aussi, ce moment où le lecteur dépasse l’œuvre pour s’intéresser à l’auteur, tomber sous son charme (ou non). 
  • Le milieu de la librairie, loin de son faste et de son glam’, mais plutôt dans ses problématiques d’actualité avec les difficultés de la profession face à la désertion des commerces. 
  • Le pouvoir des réseaux sociaux qui permettent le partage, l’interaction et l’instantanéité mais aussi le harcèlement et la prise à partie. 
  • Le consentement et surtout la valeur d’une réponse négative, encore plus quand le non est donné par une femme. Un thème en résonance avec l’actualité. D’ailleurs, j’ai adoré l’utilisation du #BalanceTonEcrivain. 
Sans compter les sujets abordés au détour d’une conversation, notamment dans les intrigues des personnages secondaires ! C’est encore une fois un foie un roman qui met en scène avant l’empowerment des femmes. Avec ici, une héroïne dont le passé familial et amoureux est loin d’être de tout repos, qui est tout à fait à même de faire face à la vie avec sa petite équipe pour l’épauler (même si elle ne le demande pas). 

On avance dans l’histoire avec avidité, poussé par la curiosité de savoir comment la situation va se désamorcer entre nos héros, et je dois dire que j’ai été complètement convaincue par la façon dont la vérité éclate !

Verdict : C’est une lecture douce et dynamique. L’auteur s’amuse avec un vocabulaire riche et luxuriant. Elle glisse mille et une expressions de son cru ou bien démodée comme il convient. Ça rend l’écriture chatoyante. Les dialogues sont bourrés d’humour. L’auteur joue avec les clichés, elle prend le temps de leur tordre le cou et surtout de les nuancer. Ça n’apporte rien à l’intrigue, juste du bon sens à l’histoire et c’est rafraîchissant.

Bonus : Aaaah, je chipote, je chipote, je chipote mais la résolution du problème de la librairie est un brin tirée par les cheveux. La partie propriété passe, mais le sort de la dette et la manière dont l’héroïne l’apprend... petit bof. Mais je chipote, ne me tapez pas.

Les infos :
Date de parution : 30/05/2018
Editeur : Harlequin
Collection : &H
Nb. de page : 304 pages
Prix : 17.90€

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

Les émois du mois #58

4 août 2018

LE « MOI » de Juillet

En chaque fin de mois, un petit recap' en facette de mes lectures ! Avec en quelques lignes mes impressions sur la "meilleure" et la "moins bonne"  lecture du mois.



TOP

  • Un moustique dans la ville de Erlom Akhvlediani
C’est plus qu’un roman, c’est un conte fait de plusieurs fables philosophiques où l’auteur nous parle de la force de la pensée, de la liberté individuelle, du destin, du poids des superstitions et des croyances, de la vie, de la mort, de l’amour et tout simplement de l’existentialité des choses et des êtres. Tour à tour absurde et sérieux, il y a dans ce roman la magie de L’écume des jours. C’est beau, c’est touchant, c’est intelligent. C’est aussi mystique et incompréhensible, comme un conte oriental, avec des éclairs de révélations qui apparaissent et disparaissent encore plus vite.
L’écriture est pleine de surprise. L’auteur s’amuse avec les figures et les effets. Il s’amuse avec le pouvoir des répétitions qui font tourner en rond son intrigue, mais qui lui donne plus de profondeur aussi, grâce à l’écho qu’il installe.

  • Souviens-toi de cette nuit de Lucie Castel (Extrait du recueil de nouvelles : Tant de raisons de s'aimer - Harlequin 06/06/2018)
J’adore Lucie Castel, dont je trouve l’écriture divine. Ici encore, en quelques pages, elle fait des merveilles ! Elle parvient à installer une histoire passionnante avec des personnages complexes, tiraillés par des problématiques existentielles. Elle ne s’encombre pas d’un contexte, d’un passé, d’un futur, elle installe son histoire dans l’instant et permet à deux personnages de se rencontrer et de se confronter. Comme dans toutes les bonnes nouvelles, la chute est imprévisible et originale.

  • Palestine de Hubert Haddad (Zulma - 23/08/2007) | Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2008. Prix Renaudot poche 2009.
L’histoire c’est celle d'un jeune soldat israélien prit en otage alors qu'il était en patrouille en dehors de son temps de service. Il ne devait pas être sur place, il n’est donc réclamé par personne. S’il n’est pas réclamé il n’a pas de valeur, s’il n’a pas de valeur autant s’en débarrasser. 
Il sera pourtant recueilli par une famille palestinienne où il sera invité à remplir un vide. Le vide va se transformer en acculturation psychologique. Je n’en dis pas plus.


BOF

  • Or et nuit de Mathieu Rivero (Les Moutons électriques - 02/04/2015)
J’ai lu ce roman avec plaisir, toutefois il y a eu des hauts et des bas. Je n’ai pas adhéré à certains rebondissements, notamment un qui couve entre nos héros dès le départ et qui est tout bonnement agaçant. Ensuite, j’ai trouvé que certains personnages étaient amené dans l’intrigue puis sous-exploité. J’ai eu deux ascenseurs émotifs avec deux légendes du monde oriental qui débarquent, pour finalement ne faire que de la figuration ! De façon générale, la galerie de personnages ne m’a pas convaincue. 

Certains trouveront la construction de l’histoire intéressante, moi ce n'est pas ce que j'en attendais : le roman commence comme un conte et se boucle en récit et ce n’est pas tout à fait les mêmes enjeux.

Néanmoins, je dois reconnaître que l’auteur s’est réapproprié l’univers du conte et il nous entraîne avec brio dans le mysticisme oriental. Il s’est également aligné sur le langage soutenu et le vocabulaire riche et chatoyant de l’œuvre originale.

Au plaisir.

PAL estivale - Mes suggestions

29 juillet 2018

Au début de l'été, j'ai présenté au public de la médiathèque ma PAL de l'été. Il y avait dans celle-ci, environ 50 propositions regroupées en 3 thématiques : mes feel-good, mes coups de coeur (du moment) et mes incontournables (de la vie).

Je vous propose ici un échantillon de cette présentation, avec 10 romans, que j'ai répartis en 3 catégories :
  • ceux où les personnages sont en vacances (pour le meilleur et le pire).
  • ceux où l'intrigue nous entraîne à l'étranger (pour le meilleur et le pire).
  • (bonus) ceux qui méritent d'être sur un podium de présentation parce qu’ils sont intemporels.


  • L'échange de Rebecca Fleet (R. Laffont - 07/06/2018)
Caroline et Francis décident d'échanger une semaine leur appartement à Leeds contre une maison en banlieue londonienne. La demeure se révèle vide et sinistre. Surtout, Caroline y trouve des signes de sa propre vie, telles ses fleurs préférées dans la salle de bains ou sa musique favorite dans le lecteur CD. A croire que le mystérieux propriétaire la connaît très bien. Premier roman.

Mon avis : Le postulat de départ est très simple : grâce à une plateforme en ligne, un couple échange son appartement à Leeds contre une maison en banlieue londonienne. Ces vacances low-cost leur permettront de se retrouver le temps d'une semaine loin de leurs problèmes, de leur routine et de leur environnement étouffant. Avec le minimalisme de la maison qu'ils vont habiter, autant dire qu'ils sont complètement dépaysés par cette décoration épurée. Bien que tout soit ramené à l'essentiel, l'ambiance est loin d'être zen ! Petit à petit, des objets se révèlent dans ce désert minimal, des objets que l'héroïne reconnaît. À partir de là une ambiance toxique s'installe !

L'auteur nous propose une intrigue plurielle et arachnéenne qui se tisse entre deux temporalités et deux localisations, qu'il orchestre finement et avec brio. Ainsi, il nous parle du passé, pour mieux nous parler du présent.

La lecture de ce roman est grandement motivée par la curiosité et par l’enchaînement de questions que suscitent les circonstances, mais paradoxalement on avance avec l'angoisse de découvrir les réponses ! L'auteur a su poser une atmosphère lourde et alarmante. Pour cela, il a disséminé volontairement des mots-clés et des indices qui permettent aux lecteurs de faire mille et une suppositions sans jamais réussir à mesurer l'ampleur de la situation.


  • Appelle-moi par ton nom d'André Aciman (Grasset - 07/02/2018)
Elio, adolescent sensible et cultivé, rencontre Oliver, jeune esthète, professeur de philosophie. Ils ont en commun la littérature, la musique, leurs origines juives et une forte attirance. En Italie, durant l'été, dans la maison familiale, Elio découvre la séduction et les affres de la souffrance.

Mon avis : Chaque été, les parents d'Élio, accueillent en résidence un universitaire dans leur demeure familiale. L'occasion pour celui-ci de travailler sur un projet, mais aussi d'affuter son réseau de contact auprès de la ribambelle de personnes qui gravite autour de la famille. Cette année, c'est Oliver, professeur à l'université de Columbia qui a été choisi. 

Comme de coutume, Élio va prêter sa chambre à Oliver. Ce dont il ne se doutait pas, c'est qu'il aurait envie de la partager avec lui. 

Elio, nous invite dans son intimité, et plus que ça, en ouvrant le livre on fait une immersion totale dans ses pensées. Des pensées tourbillonnantes et essentiellement tournées vers Oliver. Il nous raconte la façon dont il est envoûté par lui. Il nous raconte la passion amoureuse qui le dévore, la tension sexuelle qui l'anime et l'histoire clandestine qu'ils vont vivre. 

Dans ce roman, il y a un peu de Bonjour Tristesse de la grande Françoise Sagan ! Il y a l'ambiance, l'été, la passion amoureuse dévorante et surtout le style ! L'auteur déroule son histoire, qui a la saveur d'une autofiction, tantôt avec pudeur, tantôt de façon plus crue, toujours avec justesse. Pas de larmes, pas de drames. Le texte n'en est pas moins bouleversant.


  • Les indifférents de Julien Dufresne-Lamy (Belfond - 01/02/2018)
Sur le bassin d'Arcachon, Justine, arrivé récemment d'Alsace, rencontre Théo. Rapidement, elle intègre sa bande d'adolescents bourgeois et insouciants. Pendant plusieurs années, ils font la fête ensemble, jusqu'au jour où l'un d'eux meurt.

Mon avis : L'histoire, c'est celle de Justine, une jeune Alsacienne qui débarque à Arcachon. Projetée dans les problèmes matrimoniaux de ses parents, ce départ elle ne l'avait pas anticipé. Pourtant sa mère, cette destination, elle ne l'a pas choisi au hasard. Sur place, elle rencontre Théo, le fils du nouveau parton de sa mère. Un jeune du cru, plus bourgeois que le mot bourgeois. Il va rapidement la prendre sous son aile et se lier d'amitié avec elle. Il va l'inviter à partager les aventures des Indifférents, son crew. Avec elle, on découvre le quotidien de la bande. Ils vont devenir inséparables, partager une routine (presque) ordinaire et s'accompagner dans toutes leurs petites combines. Tout leur est permis, tout leur est accessible. Les Indifférents sont puissants, parce que intouchables ! Jusqu'au moment où un drame les touche et les divise ! Ce drame se dessine dans les premières pages et c'est lui qui va donner la cadence du récit. Une cadence qui avance selon trois temporalités : avant, pendant et après. 

La grande question étant : de quel drame il s'agit ? Grande question qui entraîne une nuée d'autres : pourquoi, comment et surtout qui ?! L'auteur arrive, avec intelligence, à susciter les questions en dispersant des indices avec parcimonie sur la gravité de la situation. Dans ce roman tout est mystérieux ! Les petits riens qui font les grands tous. Ainsi, le lecteur grappille des informations au gré de chaque confession, chaque témoignage et reconstitue le puzzle de la grande histoire, mais aussi le puzzle de l'identité des personnages. Ici, les détails comptes, rien n'est laissé au hasard. Au fur et à mesure qu'on approche de la fin, l'étau se resserre. 

C'est cruel et féroce. Ce roman il a le rythme d'un thriller et l'intelligence d'un essai sociologique. Le tout est porté par une écriture d'une sobriété titanesque. À la fois acérée et incisive tout en étant dynamique et fluide.


  • Into the wild : voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer (Presses de la Cité - 03/01/2008)
En 1992, le cadavre de Chris McCandless est découvert dans un bus abandonné en Alaska, loin de tout lieu habité. Cadre supérieur à l'avenir sans surprise, il avait décidé de tout quitter et de s'installer pour quelque temps, seul, au coeur de l'Alaska, pour vivre en totale communion avec la nature.

Mon avis : Le début du roman annonce tout de suite le sort de Chris. Christopher Johnson McCandless aka Alex Supertramp ce jeune en quête de liberté absolue, qui s'est rendu en Alaska dans un roadtrip fabuleux. Et pourtant, jusqu’à la dernière page, j’ai attendu une autre fin (comme à chaque relecture de « Roméo et Juliette »).

L’auteur, un journaliste, retrace la vie du jeune homme, pour cela il utilise les notes laissées par Alex et surtout il collecte les témoignages de tous ceux qui l’ont croisé. Il ne s’arrête pas là, il nous parle également de tous les jeunes (célèbre ou non) qui, comme Alex, se sont lancés dans cette quête de l'absolu. Ils comparent leurs aspirations, leurs démarches et leur parcours. On découvre une succession de destin tragique, mais on mesure également la magie de la liberté et la force attractive de la nature. Ces passages donnent au roman une dimension universelle !

Ce roman m'a donné froid, il m'a donné des frissons, il m'a fait de la peine, m'a fait sourire et finalement m'a donné envie de visiter l'Alaska !





  • L'amas ardent de Yamen Manai (Ed. Elyzad - 14/04/2017)
Aux abords du village de Nawa, le Don, un apiculteur, mène une existence d'ascète auprès de ses abeilles et loin des hommes. Un matin, il retrouve les corps mutilés et sans vie de ses insectes dans leur ruche. Rattrapé par le monde extérieur, il doit renouer avec ses congénères pour comprendre. Prix des Cinq continents de la francophonie 2017, Grand prix du roman métis 2017.

Mon avis : Une menace sans précédent bouleverse la routine de Don, un apiculteur solitaire. Pour sauver ses ruches, il va devoir sortir de sa zone de confort et renouer avec un monde qui avait fait le choix de quitter il y a quelques années ! 

Ce thriller apicole sur fond de manigance et de tractation politique et pseudo-religieuse est passionnant ! Passionnant ! Passionnant ! ​L'histoire est captivante, les problématiques soulevées sont intelligentes (et abordées sans concessions) et les personnages sont canons. Il a le pouvoir d’une fable, celui de nous donner une leçon de façon plaisante. C’est un roman consensuel : chacun y trouvera son plaisir.


  • Petit pays de Gaël Faye (Grasset - 24/08/2016) | Prix du roman Fnac 2016, prix du Premier roman français 2016, prix Goncourt des lycéens 2016.
Burundi, 1992. Gabriel a 10 ans. Il vit dans un confortable quartier d'expatriés avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite soeur Ana. Alors que le jeune garçon voit ses parents se séparer, la guerre civile se profile et, par vagues successives, la violence envahit le quartier.

Mon avis : Gabriel, un jeune enfant de 10 ans nous raconte son quotidien de fils d’expatrier Français dans le Burundi des années 90. Il nous raconte sa bande de copains, sa bande rivale, sa famille, ses voisins. Il nous raconte sa petite routine ordinaire qui se met à dérailler quand doucement, mais surement, la guerre civile s’invite dans son quartier, sa ville, son pays et surtout, le pays voisin, le Rwanda. Ainsi, à travers les yeux d’un enfant, jusque-là privilégié, on découvre avec horreur que la violence ne s’arrête pas aux frontières. 

Gabriel, c’est Gaël Faye, ce rappeur de génie ! Il nous parle de lui, de son parcours, son histoire, son immigration, son intégration. Il nous parle Europe, Afrique. Il nous parle identité, sens de la vie. Il nous parle amour et violence. Il nous parle de guerre civile et surtout de nostalgie. Dans un style tout en simplicité. Une simplicité qui dénote un travail d'écriture de forçat, j'en suis certaine.


  • Nos richesses de Kaouther Adimi (Seuil - 17/08/2017) | Prix Renaudot des lycéens 2017, prix du Style 2017.
En 1935, Edmond Charlot, 20 ans, ouvre une librairie à Alger pour promouvoir de jeunes écrivains de la Méditerranée sans distinction de langue ou de religion. En 2017, Ryad, 20 ans, étudiant à Paris, est indifférent à la littérature. De passage à Alger, il doit vider de ses livres un local, tâche compliquée par la surveillance du vieil Abdallah. 

Mon avis : Ce livre c’est un bout d’Histoire, celle de l’Algérie, celle de la France, et surtout celle de la littérature. Elle est racontée par Edmond Charlot, le vieil Abdallah et le très jeune Ryad. Tous les trois, bien que dans des temporalités différentes, nous dressent le portrait d’un lieu hors du commun qui a vu naître plus d’un écrivain de la Méditerranée.

Il nous raconte le début, l’apothéose et la fin d’une aventure humaine, une aventure littéraire portée avant tout par une bande de copains. J’ai adoré ma lecture. J’ai eu l’impression de plonger dans une époque. L’auteur a su me transporter en Algérie entre 1935 et 2017, j’ai traversé ses ruelles et senti la chaleur de ses étés. J’ai eu plaisir à découvrir l’histoire de ce lieu et son créateur, découvrir les auteurs qui l’ont fréquenté, découvrir leur passion commune. J’ai adoré suivre leur essor. Je me suis réjoui des réussites et des victoires de la petite équipe. Une routine qui sera bouleversée par les événements, a.k.a la guerre l’Algérie, à partir de là j’ai eu peur, j’ai eu de la peine. Vous l’aurez compris, ce roman c’est une pépite d’émotion.



  • Lait et miel de Rupi Kaur (Charleston - 22/09/2017)
Un ensemble de poèmes en prose sur le thème de la survie. La violence, les abus, l'amour, la perte, la féminité, la souffrance, qu'expérimentent les femmes. Un voyage à travers les moments les plus amers de l'existence, allégé par la douceur du regard qu'on leur porte. Avec des dessins de l'auteure.

Mon avis : Un recueil de poésie en 4 parties. 4 parties pour 4 phases de la vie de l'auteur. Tout au long de ces parties, on assiste à la résilience et plus que ça a la résurrection de l'auteur. 

Elle nous propose des poèmes plus ou moins courts, ponctués d'illustrations. Des poèmes incroyables, inspirants, enrichissants et redoutables. Des poèmes concrets avec des thématiques percutantes et universelles. Des poèmes coups de cœur ou coup de poing. 

Quand la souffrance se transforme, en poésie, en amour, en espoir, en courage, en bienveillance et surtout en réalisation de soi : C'est beau, c'est triste, c'est ouf !


  • Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod (Grasset - 20/08/2014)
Aliénor d'Aquitaine, agitée et incertaine, se construit auprès de son époux, le roi Louis VII. Ils forment un vrai couple, dans lequel le mari occupe une place prépondérante. La reine redoutable n'est pas encore née.

Mon avis : Ici, l’auteur tricote la grande Histoire pour nous raconter celle d’Aliénor d'Aquitaine et de son époux, Louis VII (a.k.a Louis le Pieux), roi des Francs. Un Roi qui n’aurait pas dû être Roi : c’est la mort accidentelle de son frère aîné Philippe de France, qui l’envoie sur le trône ! Éduqué pour être clerc ou moine, il va batailler pour s’imposer dans son royaume et son mariage. D’ailleurs, cette union va permettre à Louis de tripler son domaine grâce à la dot d’Aliénor. Cet état de fait, n’est au pas au goût de la duchesse d'Aquitaine. En effet, par contrat, son duché ne devait s’absorberait dans le domaine de Louis qu’à la génération suivante !

Ils se partagent la narration, ainsi, en plus de leur histoire commune, on découvre leurs personnalités avec leurs impressions, leurs sentiments et leurs ressentiments. Les deux personnages sont diamétralement opposés. Leurs caractères s’accordent mal : elle est puissante, intelligente et courageuse, il est maladroit, taciturne et naïf.

J’ai adoré cette lecture ! Pleine de stratégies, de complots et de mouvements politiques. S’ajoutent à l’ensemble de ces rebondissements hautement addictif : les peines de cœur de nos héros. D’ailleurs, je dois dire que les prises de paroles de Louis sont sans aucun doute mes passages favoris. L’histoire le dit simplet, l’Histoire nous détrompe. Alors que le côté brute de décoffrage d’Aliénor m'a souvent agacée (maiiiis avec la famille et les ancêtres qu'elle porte sur ses épaules comment faire autrement). Je n’en dis pas plus : lisez-le !

Pourquoi le ressortir 4 ans après sa publication ? Parce que l'auteur revient à la rentrée de septembre avec la suite des aventures de la grande Aliénor d’Aquitaine ! 


  • La promesse de l'aube de Romain Gary (Gallimard - 01/01/1971)
Roman autobiographique qui met en lumière les rapports intenses entre un fils et sa mère. Cette dernière porte tous ses espoirs et son ambition sur son enfant, qu’elle élève seule et aime d’un amour inconditionnel. A lui de devenir célèbre, de ne pas démériter et de porter le fardeau d’un amour maternel oppressant.

Mon avis : C’est plus qu’un roman autobiographique, c’est une déclaration d’amour de l’auteur, Romain à sa mère. Une femme surprenante dont la vie entière a tourné autour d’un projet unique : donner toutes les chances à son fils d’être célèbre. Pour cela, elle l’a porté aux nues, l’a aimé d’un amour inconditionnel et oppressant. Il est certain que cet amour l’a porté à bout de bras et lui a permis de traverser les épreuves de la vie, avec une seule idée en tête : ne pas décevoir sa mère. Face à cette avalanche d’amour Romain n’avait pas d’autre choix que de réussir.

Romain est un véritable conteur. Il nous conte sa vie, et par là il nous raconte sa mère. Sa mère, une véritable énigme. D’où vient-elle ? Que fuit-elle ? Qui est le père de Romain ? D’où lui vient sa culture ? Son érudition ? Ses manières ? Sa force et sa puissance ? Elle est l’héroïne de ce roman à n’en pas douter. Il nous parle de son enfance en Pologne, son adolescence à Nice et le début de sa vie d’adulte pendant la guerre. Il a mené une vie incroyable, dont il nous partage mille et une anecdotes, mille et une confidences. Il le fait avec beaucoup d’humour. Plus d’une fois j’ai souri, plus d’une fois j’ai ri. Il le fait avec poésie. Il le fait avec arrogance.

J’ai adoré ma lecture d’un bout à l’autre. Très certainement parce que j’ai été complètement subjuguée par cet amour maternel inaliénable. Un amour qui déplace des montagnes. Un amour à la fois fondateur et dévastateur.



J'espère que ces pistes de lecture vont titiller votre curiosité :)
Au plaisir.

Un moustique dans la ville de Erlom Akhvlediani

24 juillet 2018


Résumé :
Des eucalyptus ont été plantés dans la plaine de Colchide et les marais ont été asséchés, causant la mort des moustiques. Un seul a survécu, errant en ville à la recherche du responsable.

Moi j'en dis :
L’auteur nous propose de suivre le cheminement d’un moustique à la recherche de son assassin. Il parcourt le monde en long, en large et en travers. Pendant des jours, des semaines, des mois, des années. Et puis finalement il va reconnaître les mains de celui qui va le libérer. Toutefois, il ne s’attend pas à ce que ce personnage, lui, ne veuille pas endosser le rôle d’assassin.

Le roman avance à plusieurs cadences. Il y a tout d’abord l’histoire du moustique, dont la quête l’entraîne dans mille et une situations qui sont le prétexte pour l’auteur de nous interpeller et de nous parler de mille et une choses, de nous poser mille et une questions, de nous donner mille et une leçons. Ce sont plus que des digressions, ce sont des histoires collatérales qui prennent du sens à mesure qu’on avance dans le roman.

D’ailleurs, c’est bien plus qu’un roman, c’est un conte fait de plusieurs fables philosophiques (ma favorite est celle des pierres) où l’auteur nous parle de la force de la pensée, de la liberté individuelle, du destin, du poids des superstitions et des croyances, de la vie, de la mort, de l’amour et tout simplement de l’existentialité des choses et des êtres. Tour à tour absurde et sérieux, il y a dans ce roman la magie de L’écume des jours. C’est beau, c’est touchant, c’est intelligent. C’est aussi mystique et incompréhensible, comme un conte oriental, avec des éclairs de révélations qui apparaissent et disparaissent encore plus vite.

L’écriture est pleine de surprise. L’auteur s’amuse avec les figures et les effets. Il s’amuse avec le pouvoir des répétitions qui font tourner en rond son intrigue, mais qui lui donne plus de profondeur aussi, grâce à l’écho qu’il installe.

Verdict : Ce roman, il mérite toute l'attention et la concentration du lecteur et paradoxalement, d'entrée de jeu il faut accepter de s'y perdre et de ne pas tout saisir dans l'instant.

Les infos : 
Date de parution : 07/07/2017
Editeur : Editions du Serpent à plumes 
Nb. de page : 176 pages
N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

​C'est lundi que lisez-vous ? #190

23 juillet 2018


Rendez-vous repris et organisé par Galleane.
Le principe est simple et sympa, chaque lundi le blogueur
qui se prête au jeu doit répondre à trois questions :


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