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Grace and Fury, tome 1 de Tracy Banghart

12 octobre 2018


Résumé :
«  À Viridia, les femmes n'ont pas le droit de lire. Pas non plus le droit de choisir leur mari, leur métier, leur avenir. Ni d'avoir des idées.  »
Depuis toujours, Serina a été formée pour devenir une Grâce et satisfaire le prince héritier, s'il la choisit. Sa sœur Nomi, elle, a été entraînée pour servir Serina et l'aider à séduire le prince.
Quand le jour de la sélection des Grâces arrive enfin, rien ne se passe comme prévu. Nomi est retenue à la place de sa sœur, et Serina envoyée en prison pour un crime qu'elle n'a pas commis.
Aucune n'est prête à accepter ce destin qu'on leur impose.
Pour survivre, les deux sœurs vont devoir s'adapter.
Pour se retrouver, elles prendront tous les risques.
La révolte ne fait que commencer...

Moi j'en dis : 
L’auteur nous propose une dystopie féroce et redoutable où il est question de caste et de sélection sociale ; de la place de la femme, du peu qu’on l’autorise et surtout, de tout ce qui lui est formellement interdit ; et aussi des privilèges des uns sur les autres. 

Le roman commence en douceur, avec l’histoire de deux sœurs, Serina et Nomi. L'une avait tout pour devenir reine, l'autre sa suivante. En un tour de main, leur destin est balayé par les volontés d'un Prince. Ainsi, celle qui devait vivre dans l'ombre, prend une place de favorite dans le harem du Prince et on propose à l'autre de devenir sa suivante ou de disparaître. Ce bouleversement de l’ordre établi n’est pas au goût des sœurs, mais elles n’ont pas le temps de s’y habituer. Une chose en entraînant une autre, celle à qui on avait proposé de disparaître va effectivement disparaître. La raison ? Elle sera trouvée en présence d’un livre. À Viridia, il s’agit là d’un crime de lèse-majesté : ainsi, sans procès, elle a été reconnue coupable de menace à la sécurité de l'État. 

À partir de là, le roman prend une tournure inattendue, il prend des airs de roman de survie en milieu hostile. 
Quand Nomi tente d’esquiver les duperies de la cour sans faire de fausses notes, en refoulant toutes ses velléités de révolte et surtout, en essayant de gagner en influence pour en savoir plus sur le sort de sa sœur, sa sœur justement tente simplement de survivre jusqu’à la prochaine journée. 
À leur échelle, chacune d’elles vit un enfer où leurs gestes sont scrutés et où l’erreur n’est nullement envisageable. Elles vont batailler l’une et l’autre, contre l’ordre établi, contre leur éducation, contre ceux et celles qui se mettent sur leur route. Elles vont batailler pour se retrouver, et pour changer le monde. Face à elles, les adversaires seront redoutables, stratèges et féroces. Il est loin le temps où elles étaient à l’abri.

J’ai adoré. J’ai avancé dans ma lecture avec avidité. Faute d’emploi du temps, je n’ai pas eu l’occasion de le lire d’une traite, mais j’en étais pas loin. J’ai trouvé l’histoire surprenante et entraînante. La parole est donnée à tour de rôle aux deux sœurs, ainsi, on découvre pas à pas l’évolution de leur situation et les dangers qui se profilent (quand nous ne sommes pas surpris avec elles des rebondissements imprévisibles). L’auteur a su créer un univers crédible et cruel. Un univers qui fait froid dans le dos où la clémence n’a pas sa place.

Il me tarde de lire la suite. 

Verdict : C'est un roman universel, profondément féministe qui aborde intelligemment des thématiques qui ne peuvent qu'entrer en résonance avec toutes les lectrices (et tous les lecteurs qui ont à coeur l’égalité femme / homme). C'est un roman qui pousse à la colère et même à des velléités de révolte.

Les infos : 
Date de parution : 26/09/2018
Editeur : Hachette Romans
Nb. de page : 360pages
Prix : 18€


J'ai découvert ce roman grâce à la plateforme NetGalley et les éditions Harlequin. 
Merci à vous, pour cette opportunité de lecture !


N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

Le guetteur de Christophe Boltanski

9 octobre 2018


Résumé :
Mais qui guette qui ? Lorsque le narrateur découvre dans l’appartement de sa mère le manuscrit d’un polar qu’elle avait entamé, « Le Guetteur », il est intrigué. Des recensements de cigarettes fumées, les pneus des voitures voisines crevés - comment vivait cette femme fantasque et insaisissable ? Elle qui aimait le frisson, pourquoi s’est-elle coupée du monde ?

Elle a vécu à Paris avec pour seul compagnon son chien Chips. Maintenant qu’elle est morte, le mystère autour d’elle s’épaissit. Alors il décide de la prendre en filature. Et de remonter le temps. Est-ce dans ses années d’études à la Sorbonne, en pleine guerre d’Algérie, où l’on tracte et l’on se planque, que la jeune femme militante bascule ?

Moi j'en dis :
L’histoire, c’est celle d’un fils, qui a la mort de sa mère décide de la raconter. L’idée lui vient en vidant son appartement, quand il trouve des ébauches de romans policiers en pagaille.

Pour cela, il va mener une enquête et à cette occasion il va découvrir le passé militant de sa mère engagée contre la guerre d’Algérie. Enfin, découvrir est un grand mot, il va surtout émettre des hypothèses et tenter de se les faire confirmer. Il justifie son engagement dans la lutte en raison de sa prudence légendaire, qui s’est exacerbée avec les années pour se transformer en paranoïa.

Verdict : Je sais pas quoi penser de ce roman. Le point de départ était surprenant, le contenu intéressant et pourtant quelques jours après ma lecture, je garde surtout un souvenir nébuleux de la trame narrative qui avance à plusieurs cadences, dans plusieurs temporalités. D’autant plus que le final me laisse une drôle d’impression d’imposture.

Les infos : 
Date de parution : 22/08/2018
Editeur : Editions Stock 
Nb. de page : 288 pages
Prix : 19€

J'ai découvert ce roman grâce aux éditions Stock.
Merci à vous, pour cette opportunité de lecture !

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.


Onze jours de Lea Carpenter

5 octobre 2018


Résumé :
Pennsylvanie, mai 2011. Sara apprend que son fils unique Jason, parti combattre avec les forces spéciales américaines, est porté disparu en Afghanistan. Femme forte et indépendante, familière des hautes sphères politiques, Sara, qui a élevé seule Jason après le décès de son père, se retrouve pour la première fois de sa vie impuissante face au destin. Confrontée à l’interminable attente, assiégée par les journalistes, elle plonge dans ses souvenirs et relit les lettres envoyées par Jason durant son entraînement, espérant se rapprocher de ce fils disparu et comprendre les raisons de son engagement. Au bout de neuf jours, des nouvelles arrivent.

Moi j'en dis :
Toni Morrison a dit de ce roman qu'il était envoûtant. Je ne suis pas sûre que ce soit le terme qui convient le mieux pour habiller le roman de Léa Carpenter. Dans un sens, cela voudrait dire qu’il a du charme et c’est bien plus que ça. Et dans un autre sens, cela lui donne un côté énigmatique ou mystérieux alors qu'on en est loin.

C'est un roman précis, c'est un roman chirurgical, c'est un roman clair. L’auteur ne laisse pas de place à l’ambiguë, elle ne parle que de ce qu’elle connaît, et elle connaît l’univers militaire sur le bout des doigts. En quelques pages, elle te renverse le cœur. Quelques pages pour te raconter par les faits une situation et ainsi te faire constater. Ce roman il a la force de frappe du roman « Fin de mission » de Phil Klay et la tristesse redoutable d’« Une longue impatience » de Gaëlle Josse.

Mon cerveau a été mis en pièces par ce roman d'une puissance incroyable, d'une beauté renversante. Je n'arrive pas à mettre des mots sur mes impressions de lecture, et quoi que je dise, je ne lui rendrais pas justice.

Je n’en dirai jamais assez de Jason et de Sara, cette mère, ce fils séparé par une guerre. Séparé par l’attente.

À tour de rôle, ils prennent la parole et racontent leur cheminement, leur version des faits, jusqu’au mois de mai 2011, au moment où Jason est porté disparu. Porté disparu depuis 11 jours. 11 jours de questions, de doute, de remise en question, d’inquiétude. 11 jours pendant lesquelles Sara va reprendre la correspondance qu’ils ont entretenue durant toutes ces années de service pour tenter de cerner son fils.
De son côté, Jason se raconte, s’explique sur ses choix, sur son engagement dans les forces spéciales américaines au lendemain des attentats du 11 septembre, bien que destiné à un avenir brillant. Il nous raconte son recrutement, ses épreuves, ses réussites, ses échecs, ses doutes, ses questions, ses aspirations.

Je suis tombée amoureuse de l’idéalisme de Jason, comme j’étais tombée amoureuse d’Alex Supertramp et de sa quête de liberté absolue. Et évidemment, je suis tombée en admiration face à la force de Sara. Même dans son impuissance elle se révèle insubmersible.

Verdict : Acculé de questions et de doutes on ne peut que tomber dans ce roman. C’est une expérience de lecture qui secoue et qui bouleverse. J’en ressors différente, c’est certain.​

Les infos : 
Date de parution : 06/09/2018
Editeur : Editions Gallmeister 
Nb. de page : 272 pages
Prix : 22€

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.


A son image de Jérôme Ferrari

2 octobre 2018


Résumé :
Par une soirée d’août, Antonia, flânant sur le port de Calvi après un samedi passé à immortaliser les festivités d’un ma­riage sous l’objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan, jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures d’ardente conversation, la jeune femme, bien qu’épuisée, décide de rejoindre le sud de l’île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin : elle est tuée sur le coup.

Prix littéraire du Monde 2018.

Moi j'en dis :
Antonia vient de mourir.
Soirée festive, ravin, embardée : elle a été tuée sur le coup.

Les premières pages laissent supposer un roman qui n’a pas le temps de faire dans la dentelle. Et pourtant si. À l’occasion de l’office funèbre qui sera célébré en l’honneur de cette jeune femme solaire et appréciée de tous, son oncle-parrain-prêtre se laisse dépasser au-delà du cadre de la liturgie pour nous raconter sa filleule. D'autres voix vont se joindre à lui.

Ainsi, pas à pas, on avance dans les étapes de la messe et des funérailles, on reconstitue l’histoire de notre héroïne, on pose les jalons qui ont fait d’elle ce qu’elle est. On la rencontre, on la découvre. On apprécie ses choix, on assiste à ses revirements, ses doutes, ses questionnements, ses vocations, ses idéaux, ses balbutiements d’émancipation et puis finalement à son envolé... et son désenchantement.

Avec Antonia, cette photographe en mal de sens, l’auteur nous parle du pouvoir de la photo, de la force de l’image, de son insignifiance, son obscénité, sa puissance et par extension, de la manipulation qu’elle peut entraîner. Il nous parle du poids la photo sur les épaules d’un reporter, des dommages collatéraux d’une prise de vues, de la prise ratée ou pire, pas osée. Il nous parle aussi d'illusions politiques, de nationalisme et de militantisme péroré. Il nous parle de la guerre. Il nous parle de la foi, de la religion et de la communauté. Il nous parle d’échec, de culpabilité. Il nous parle de la mort.

Un contenu fort rendu par une écriture d’une humilité incroyable. L’auteur laisse toute la place au lecteur de décoder l’histoire, de tirer les conclusions qui s’imposent sans les lui prémâcher. C’est fort.

Verdict : Il faut se méfier de l’eau qui dort. C’est l’adage de ce roman, qui dit beaucoup de choses sans en avoir l'air. Qui doucement, mais sûrement, au détour d’un mot, d’une phrase, d’un paragraphe se met brutalement à déborder de sens, de puissance et d’intelligence.

Les infos : 
Date de parution : 22/08/2018
Editeur : Editions Actes Sud
Nb. de page : 224 pages
Prix : 19€

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.


Les émois du mois #60

30 septembre 2018

LE « MOI » DE SEPTEMBRE

En chaque fin de mois, un petit recap' en facette de mes lectures ! Avec en quelques lignes mes impressions sur la "meilleure" et la "moins bonne"  lecture du mois.





Septembre,

Les défis titanesques sont derrière moi ! Néanmoins toujours pas de trace de douce routine, dont j'attends le retour avec impatience et puis même soyons fous : vivement les vacances.

Octobre, be cool, please. 

TOP

  • Frère d'âme de David Diop
La force de frappe de ce roman d'à peine 176 pages est indicible, innommable, inexprimable, indéfinissable, inénarrable. Les synonymes me manquent ! D'ailleurs pour en parler de je n'aurai pas assez de superlatif.

J'ai trouvé cette lecture absolument passionnante. L'écriture de l'auteur est riche et flamboyante. D'une originalité et d'une créativité incroyable. Sa manière de jouer avec les répétitions pour faire échos et taper encore plus fort, c'est jouissif !


  • Simple de Julie Estève
Ici, tout est suggéré, c'est au lecteur de tracer le dessin point à point. Quand finalement arrive le dernier trait, tout s'enclenche pour faire apparaître la vérité. Volontairement, je préfère ne pas en dire davantage pour permettre à chacun de rencontrer Antoine sans a priori et ainsi, lui laisser le bénéfice du doute.⠀
L'auteur nous propose ici une immersion complète dans la tête d'Antoine Orsini. Ses pensées ne sont pas toujours faciles à appréhender. Plus d'une fois Antoine m'a fait peur, mais il m'a davantage fait de la peine. Cette plongée dans son esprit est incroyable. Il n'y a aucune fausse note. C'est une véritable prouesse de la part de l'auteur.⠀
Je suis ressortie de cette lecture profondément secouée, par l'histoire, par les personnages et surtout par le travail d'écriture de l'auteur.⠀


  • A son image de Jérôme Ferrari (Actes Sud - 22/08/2018)
  • Onze jours de Lea Carpenter (Gallmeister - 06/09/2018)
Mon cerveau a été mis en pièces par ces deux romans d'une puissance incroyable, d'une beauté renversante. Je n'arrive pas à mettre des mots sur mes impressions de lecture, j'y travaille mais je sais d'avance que je ne le rendrais pas justice. 


BOF


  • La vérité sort de la bouche du cheval de Meryem Alaoui
J’ai adoré ce roman. J’ai adoré Jmiaa. Son franc-parler, sa vulgarité et sa mauvaise foi. Tout de même, je pense que l’auteur n’est pas allé au bout de son sujet. Elle a complètement occulté la réception du film par les spectateurs, bien qu’elle nous parle d’une distinction par la critique. Comme si le film avait été projeté sur une autre planète.
Au vu des vives réactions suscitées par le film « Much Loved » de Nabil Ayouch avec Loubna Abidar et Asmaa Lazrak dont le sujet rejoint « la vérité sort de la bouche du cheval » j’ai l’impression que la boucle n’est pas bouclée. Elle remplace un final en apothéose par un épilogue idyllique et peu crédible. C’est dommage.


Au plaisir.

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