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Jour de dèche de Didier Delome

19 novembre 2018



Résumé :
Voici un premier roman bref et poignant sur un sujet grave (la dépression et le suicide) traité sans misérabilisme ni pathos, avec une mise en oeuvre romanesque assez proche du polar et conduite au pas de charge dans un style limpide, épuré et précis où chaque mot affûté telle une pointe de flèche fait mouche.

"J'ai toujours mené la grande vie ; puis lorsque je me suis retrouvé à la rue sans rien, démuni, ayant tout perdu? ; l'effroyable urgence de ma situation m'a soudain assommé en pleine face avec la violence d'un gnon magistral qui m'a laissé groggy sur le banc du boulevard voisin où j'avais atterri".

Moi j'en dis : 
Ô comme il détonne ce roman : notamment par ses sujets et surtout par la façon dont ils sont abordés ! D'ailleurs, vu les thématiques, je dois dire que je suis plutôt confuse de l'admettre, mais à peine commencé et ma curiosité a été titillée jusqu'à atteindre un paroxysme presque malsain.

L'histoire c'est celle de l'homme aux clefs d’or en personne. Il avait tout et plus encore, il connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait. Il a fréquenté tous les lieux qui comptent à Paris : "les restaurants ; idem pour les bars réputés et autres établissements de nuit célèbres ; ainsi que les théâtres, les salles de spectacle et de concerts ; sans oublier les musées et aussi toutes les galeries d’art contemporain, moderne ou même classique et conventionnel, qui jouent un tant soit peu un rôle sur le marché." Et puis il s'est laissé dévorer par une dépression qui l'a poussé à une tentative de suicide.

Malgré lui, il ressort de cette tentative vivant, mais peu glorieux. Les huissiers le poussent dehors, avec quelques affaires sous le bras et 100 euros en poche. Fier et digne il n'ose faire l'aumône auprès de ses proches. Alors qu'il touche le fond, il va merveilleusement rebondir grâce à l'aide, la bienveillance et la persévérance d'une Bonne Fée, Madame M.

J'ai été bluffée par le style de l'auteur, qui aborde des sujets difficiles avec beaucoup de détachement et paradoxalement avec beaucoup d'empathie. L'écriture m'a permis d'accompagner le héros dans sa résilience. J'ai partagé ses peines, ses victoires étaient les miennes, et ses attentes aussi. Le héros est lucide et pragmatique, à aucun moment il ne tombe dans la colère ou le découragement. Sa capacité à s'accrocher à la vie et son adaptabilité devient redoutable et inspirante.

Verdict : Alors que le roman commence sur un ton désespéré, il se termine avec une note d'espoir largement méritée. 

Les infos : 
Date de parution : 22/08/2018
Editeur : Le Dilettante
Nb. de page : 258 pages
Prix : 18€

J''ai découvert ce roman grâce aux éditions Le dilettante.
Merci à vous, pour cette opportunité de lecture 

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

Laisse tomber la neige ! de Cécile Chomin

11 novembre 2018



Résumé :
Le jour où tout a commencé ? Celui où je me suis embourbée dans la neige, en pleine nuit, à 600 km de Paris, après avoir été plaquée devant l’autel. La Reine des neiges, c’était moi, version robe en lambeaux et pieds gelés. C’est là que j’ai cru voir un grizzly. Un plantigrade genre Chabal, debout sur ses pattes arrière et plein de poils, qui a rugi : « Qu’est-ce que vous faites sur ma propriété ? ». Hourra ! il y avait un habitant dans ce coin perdu. J’ai avisé la propriété : en fait, c’était un vieux chalet. Mais si je ne voulais pas mourir de froid, j’avais intérêt à convaincre l’autochtone de m’héberger pour la nuit…
L’héroïne trépidante de Cécile Chomin bondit de page en page, et passe par toutes les nuances de la drôlerie et des sentiments, jusqu’à trouver l’amour là où elle n’était vraiment pas venue le chercher.

Moi j'en dis : 
Cécile Chomin, Cécile Chomin, Cécile Chomin, plus sa bibliographie s'étoffe et plus je l'adore ! Je dois dire que je suis son actualité de près et j'attends chacune de ses publications avec impatience. Elle fait sans conteste partie de mon trio d'auteur de romance préféré. Pour l'anecdote, je regrette beaucoup de ne pas avoir eu le courage de lui dire quelques mots lors du festival du roman féminin en 2017 et j'espère avoir l'occasion de me rattraper prochainement. Notamment pour lui dire tout le bien que j'ai pensé de "Laisse tomber la neige !" que j'ai adoré. Faute d’emploi du temps, je n’ai pas eu l’occasion de le lire d’une traite, mais j’en étais pas loin.

"Laisse tomber la neige !" a des airs "Dive Bar" de Kylie Scott et de "La Douce Caresse d'un vent d'hiver" de Sarah Morgan qui, toutefois, aurait installé son histoire dans une version rustique de Snow Crystal.

L'histoire c'est celle de Claire, quand on l'a rencontre est embourbée dans la neige, en montagne et en pleine nuit. Pour s'en sortir, il faudrait qu'elle fasse preuve de sang-froid et de calme. Deux qualités dont elle s'est défait quelques heures plus tôt quand son fiancé l'a abandonnée devant l'autel !
Sur les conseils de sa soeur, elle se rend dans un gite pour panser ses plaies et se requinquer avant de reprendre le cours de sa vie et d'affronter la réalité de sa situation. Alors qu'elle est transie de froid, dans une tenue tout sauf adéquate, elle fait face à un autochtone, Hugo pour le nommer, pas très avenant, qui se voit contraint de lui sauver la vie en lui permettant de passer la nuit chez lui, loin des loups.

Ils ne le savent pas encore, mais leurs vies vont être bouleversées. Évidemment, cette nuit va se transformer en plusieurs. Claire va se rendre indispensable. Et rapidement, une complicité turbulente va naître entre eux. Ils vont être, l'un pour l'autre, le temps de leur rencontre, une béquille pour supporter la phase de transition dans laquelle ils sont. Pour notre plus grand plaisir s'est truculent, jubilant et réjouissant.

La force de cette histoire réside dans les personnages et dans le style de l'auteur.
Clairs et Hugo sont d'une simplicité et d'une franchise désarmante et merveilleusement rafraîchissante. Aussi caractériel l'un que l'autre, ils sont constamment en opposition, cela se traduit par une joute verbale explosive et il faut dire qu'ils ont tous les deux un sens de la repartie très affûté et un humour délicieux. Il n'y a pas de dominant, ainsi on suit un combat de coqs sans fin. La combinaison de ces deux personnages est une véritable réussite !

Le style est à l'image des autres romans de l'auteur : coloré, pétillant et drôle ! À peine commencé, j'ai enchaîné les fous rires. Pour autant, l'auteur ne se prive pas de parler de sujets graves et de faire passer ses personnages par des étapes difficiles. Ainsi, il est question de deuil, d'héritage, de filiation, de choix de carrière, de reconversion professionnelle forcée entre autres. Des sujets qu'elle traite intelligemment et avec finesse.

Verdict : Faut-il le dire ? J'ai adoré cette lecture !

Les infos : 
Date de parution : 7/11/2018
Editeur : J'ai lu
Collection : Lj
Nb. de page : 317 pages
Prix : 12.90€

J'ai découvert ce roman grâce aux éditions J'ai lu.
Merci à vous, pour cette opportunité de lecture !

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

Grace and Fury, tome 1 de Tracy Banghart

12 octobre 2018


Résumé :
«  À Viridia, les femmes n'ont pas le droit de lire. Pas non plus le droit de choisir leur mari, leur métier, leur avenir. Ni d'avoir des idées.  »
Depuis toujours, Serina a été formée pour devenir une Grâce et satisfaire le prince héritier, s'il la choisit. Sa sœur Nomi, elle, a été entraînée pour servir Serina et l'aider à séduire le prince.
Quand le jour de la sélection des Grâces arrive enfin, rien ne se passe comme prévu. Nomi est retenue à la place de sa sœur, et Serina envoyée en prison pour un crime qu'elle n'a pas commis.
Aucune n'est prête à accepter ce destin qu'on leur impose.
Pour survivre, les deux sœurs vont devoir s'adapter.
Pour se retrouver, elles prendront tous les risques.
La révolte ne fait que commencer...

Moi j'en dis : 
L’auteur nous propose une dystopie féroce et redoutable où il est question de caste et de sélection sociale ; de la place de la femme, du peu qu’on l’autorise et surtout, de tout ce qui lui est formellement interdit ; et aussi des privilèges des uns sur les autres. 

Le roman commence en douceur, avec l’histoire de deux sœurs, Serina et Nomi. L'une avait tout pour devenir reine, l'autre sa suivante. En un tour de main, leur destin est balayé par les volontés d'un Prince. Ainsi, celle qui devait vivre dans l'ombre, prend une place de favorite dans le harem du Prince et on propose à l'autre de devenir sa suivante ou de disparaître. Ce bouleversement de l’ordre établi n’est pas au goût des sœurs, mais elles n’ont pas le temps de s’y habituer. Une chose en entraînant une autre, celle à qui on avait proposé de disparaître va effectivement disparaître. La raison ? Elle sera trouvée en présence d’un livre. À Viridia, il s’agit là d’un crime de lèse-majesté : ainsi, sans procès, elle a été reconnue coupable de menace à la sécurité de l'État. 

À partir de là, le roman prend une tournure inattendue, il prend des airs de roman de survie en milieu hostile. 
Quand Nomi tente d’esquiver les duperies de la cour sans faire de fausses notes, en refoulant toutes ses velléités de révolte et surtout, en essayant de gagner en influence pour en savoir plus sur le sort de sa sœur, sa sœur justement tente simplement de survivre jusqu’à la prochaine journée. 
À leur échelle, chacune d’elles vit un enfer où leurs gestes sont scrutés et où l’erreur n’est nullement envisageable. Elles vont batailler l’une et l’autre, contre l’ordre établi, contre leur éducation, contre ceux et celles qui se mettent sur leur route. Elles vont batailler pour se retrouver, et pour changer le monde. Face à elles, les adversaires seront redoutables, stratèges et féroces. Il est loin le temps où elles étaient à l’abri.

J’ai adoré. J’ai avancé dans ma lecture avec avidité. Faute d’emploi du temps, je n’ai pas eu l’occasion de le lire d’une traite, mais j’en étais pas loin. J’ai trouvé l’histoire surprenante et entraînante. La parole est donnée à tour de rôle aux deux sœurs, ainsi, on découvre pas à pas l’évolution de leur situation et les dangers qui se profilent (quand nous ne sommes pas surpris avec elles des rebondissements imprévisibles). L’auteur a su créer un univers crédible et cruel. Un univers qui fait froid dans le dos où la clémence n’a pas sa place.

Il me tarde de lire la suite. 

Verdict : C'est un roman universel, profondément féministe qui aborde intelligemment des thématiques qui ne peuvent qu'entrer en résonance avec toutes les lectrices (et tous les lecteurs qui ont à coeur l’égalité femme / homme). C'est un roman qui pousse à la colère et même à des velléités de révolte.

Les infos : 
Date de parution : 26/09/2018
Editeur : Hachette Romans
Nb. de page : 360pages
Prix : 18€


J'ai découvert ce roman grâce à la plateforme NetGalley et les éditions Harlequin. 
Merci à vous, pour cette opportunité de lecture !


N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

Le guetteur de Christophe Boltanski

9 octobre 2018


Résumé :
Mais qui guette qui ? Lorsque le narrateur découvre dans l’appartement de sa mère le manuscrit d’un polar qu’elle avait entamé, « Le Guetteur », il est intrigué. Des recensements de cigarettes fumées, les pneus des voitures voisines crevés - comment vivait cette femme fantasque et insaisissable ? Elle qui aimait le frisson, pourquoi s’est-elle coupée du monde ?

Elle a vécu à Paris avec pour seul compagnon son chien Chips. Maintenant qu’elle est morte, le mystère autour d’elle s’épaissit. Alors il décide de la prendre en filature. Et de remonter le temps. Est-ce dans ses années d’études à la Sorbonne, en pleine guerre d’Algérie, où l’on tracte et l’on se planque, que la jeune femme militante bascule ?

Moi j'en dis :
L’histoire, c’est celle d’un fils, qui a la mort de sa mère décide de la raconter. L’idée lui vient en vidant son appartement, quand il trouve des ébauches de romans policiers en pagaille.

Pour cela, il va mener une enquête et à cette occasion il va découvrir le passé militant de sa mère engagée contre la guerre d’Algérie. Enfin, découvrir est un grand mot, il va surtout émettre des hypothèses et tenter de se les faire confirmer. Il justifie son engagement dans la lutte en raison de sa prudence légendaire, qui s’est exacerbée avec les années pour se transformer en paranoïa.

Verdict : Je sais pas quoi penser de ce roman. Le point de départ était surprenant, le contenu intéressant et pourtant quelques jours après ma lecture, je garde surtout un souvenir nébuleux de la trame narrative qui avance à plusieurs cadences, dans plusieurs temporalités. D’autant plus que le final me laisse une drôle d’impression d’imposture.

Les infos : 
Date de parution : 22/08/2018
Editeur : Editions Stock 
Nb. de page : 288 pages
Prix : 19€

J'ai découvert ce roman grâce aux éditions Stock.
Merci à vous, pour cette opportunité de lecture !

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.


Onze jours de Lea Carpenter

5 octobre 2018


Résumé :
Pennsylvanie, mai 2011. Sara apprend que son fils unique Jason, parti combattre avec les forces spéciales américaines, est porté disparu en Afghanistan. Femme forte et indépendante, familière des hautes sphères politiques, Sara, qui a élevé seule Jason après le décès de son père, se retrouve pour la première fois de sa vie impuissante face au destin. Confrontée à l’interminable attente, assiégée par les journalistes, elle plonge dans ses souvenirs et relit les lettres envoyées par Jason durant son entraînement, espérant se rapprocher de ce fils disparu et comprendre les raisons de son engagement. Au bout de neuf jours, des nouvelles arrivent.

Moi j'en dis :
Toni Morrison a dit de ce roman qu'il était envoûtant. Je ne suis pas sûre que ce soit le terme qui convient le mieux pour habiller le roman de Léa Carpenter. Dans un sens, cela voudrait dire qu’il a du charme et c’est bien plus que ça. Et dans un autre sens, cela lui donne un côté énigmatique ou mystérieux alors qu'on en est loin.

C'est un roman précis, c'est un roman chirurgical, c'est un roman clair. L’auteur ne laisse pas de place à l’ambiguë, elle ne parle que de ce qu’elle connaît, et elle connaît l’univers militaire sur le bout des doigts. En quelques pages, elle te renverse le cœur. Quelques pages pour te raconter par les faits une situation et ainsi te faire constater. Ce roman il a la force de frappe du roman « Fin de mission » de Phil Klay et la tristesse redoutable d’« Une longue impatience » de Gaëlle Josse.

Mon cerveau a été mis en pièces par ce roman d'une puissance incroyable, d'une beauté renversante. Je n'arrive pas à mettre des mots sur mes impressions de lecture, et quoi que je dise, je ne lui rendrais pas justice.

Je n’en dirai jamais assez de Jason et de Sara, cette mère, ce fils séparé par une guerre. Séparé par l’attente.

À tour de rôle, ils prennent la parole et racontent leur cheminement, leur version des faits, jusqu’au mois de mai 2011, au moment où Jason est porté disparu. Porté disparu depuis 11 jours. 11 jours de questions, de doute, de remise en question, d’inquiétude. 11 jours pendant lesquelles Sara va reprendre la correspondance qu’ils ont entretenue durant toutes ces années de service pour tenter de cerner son fils.
De son côté, Jason se raconte, s’explique sur ses choix, sur son engagement dans les forces spéciales américaines au lendemain des attentats du 11 septembre, bien que destiné à un avenir brillant. Il nous raconte son recrutement, ses épreuves, ses réussites, ses échecs, ses doutes, ses questions, ses aspirations.

Je suis tombée amoureuse de l’idéalisme de Jason, comme j’étais tombée amoureuse d’Alex Supertramp et de sa quête de liberté absolue. Et évidemment, je suis tombée en admiration face à la force de Sara. Même dans son impuissance elle se révèle insubmersible.

Verdict : Acculé de questions et de doutes on ne peut que tomber dans ce roman. C’est une expérience de lecture qui secoue et qui bouleverse. J’en ressors différente, c’est certain.​

Les infos : 
Date de parution : 06/09/2018
Editeur : Editions Gallmeister 
Nb. de page : 272 pages
Prix : 22€

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.


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