19 mars 2014

Le premier oublié de Cyril Massarotto


Résumé : Depuis quelques mois déjà, Madeleine oublie. Oh, des petites choses, rien de bien inquiétant. Jusqu'au jour où elle s'aperçoit qu'elle a oublié le nom de son mari. C'est Thomas, son fils, qui lui apprend que son époux est mort, il y a près d'un an. Le diagnostic tombe : sa mère est atteinte d'Alzheimer.

Première phrase : 
- Bonjour, maman.

Dernière phrase : 
Ah oui, c'est un beau prénom, ça, Thomas...

Le paragraphe :
refuse d'oublier. Je veux me souvenir de tout. Le bon, le mauvais, je veux tout, là, dans ma tête, dans mon cœur de femme et de mère. Il n'est pas question qu'Alzheimer me prenne ça, qu'il m'ouvre et me charcute, qu'il m'arrache ce que j'ai de plus précieux. Car ce n'est pas la mémoire qu'Alzheimer me prend jour après jour : c'est de mon âme qu'il me prive. Mon âme quitte mon corps alors que je suis encore en vie.

Moi j'en dis : 
Un fils perd brutalement son père et ce fait, un des repères central de sa vie vie. Il perd ensuite sa mère, mais cette fois-ci à petit feu. Une brulure après l'autre. Il résume sa situation très finement :
"Et puis un jour, on vous coupe votre première jambe : votre père meurt. Un an et demi plus tard, on vous annonce que votre autre jambe est gangrenée, et qu'il n'y a rien à faire : il faudra aussi la couper, bientôt."
C'est d'ailleurs là sa puissance, il aborde finement, avec une écriture délicate et franche, toutes les étapes du mal. De son mal à lui et celui de sa mère. Sa façon de décrire la douleur est très juste. On se met sans mal à la place du personnage et on vit sa situation avec dépit. On ressent son désespoir, sa peur, sa peine.

Il y a une véritable intelligence dans sa construction narrative. Une histoire à deux voix, oui mais pas à la même cadence et qui vont finir par se rejoindre pour le pire.

Il y a une véritable intelligence dans sa construction des personnages : Juliette, la petite soeur qui est entreprenante mais fragile à souhait. Robert le grand frère pudique, concilient et présent. Et finalement le cadet : Thomas, le bouleversant Thomas. Il est honnête, bon et juste. Un personnage authentique, réaliste et crédible.

Je me suis tellement reconnue dans sa philosophie de vie, que j'ai envisagé sa peine comme la mienne et à partir de là je suis tombée dans son chagrin, dans sa douleur, dans sa mélancolie. Mais je ne suis pas sûr que j'aurai eu son courage. Oh Thomas ! Oh Madeleine !

Verdict : Cette lecture ma sonnée, déboussolée et tout ce qui va avec. Je n'ai pas pleuré d'émotion, mais de chagrin. Une lecture qui continue à me faire cogiter.

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

2 commentaires

  1. Je sens que je vais beaucoup aimer ce texte, même si je vais le prendre très à coeur, ayant ma grand mère atteinte de ce mal. Mais je pense que l'écriture très fine, et poétique, doit beaucoup a l'intrigue, elle doit prendre les sentiments dans ces filets...

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    1. Je te le conseille sans réserve ! Plusieurs profiles de lecteurs l'ont déjà essayé à la médiathèque et à chaque fois, les larmes sont au rendez-vous !

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