21 novembre 2014

Charlotte de David Foenkinos

Résumé :
Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : « C’est toute ma vie. » Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Première phrase : 
Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe.

Dernière phrase : 
Celle d’une artiste nommée… Charlotte Salomon.

Le paragraphe :
C’est par la lenteur que tout commence. Progressivement, elle fait tout plus lentement : manger, marcher, lire. Quelque chose ralentit en elle. Sûrement une infiltration de la mélancolie dans son corps. Une mélancolie ravageuse, dont on ne revient pas. Le bonheur devient une île dans le passé, inaccessible.

*

Quelques mois passent ainsi. Dans l’impossibilité de prendre part au monde. Une longue période de mutisme. Parler, c’est risquer d’évoquer Charlotte. Elle se cache derrière chaque mot. Seul le silence peut soutenir la marche des survivants.

*

Albert est reparti pour le front. La guerre s’enlise, paraît éternelle. C’est une boucherie dans les tranchées. Pourvu que son mari ne meure pas. Elle ne veut pas être veuve. Déjà qu’elle est… Tiens, quel est le mot utilisé quand on perd sa sœur ? Il n’en existe pas, on ne dit rien. Le dictionnaire est parfois pudique. Comme lui-même effrayé par la douleur.

Moi j'en dis : 
Un très beau roman sur une période qui ne l'était pas.
L'auteur retrace la vie d'une artiste dont il a croisé le chemin et qui depuis l'a complètement obsédée. Entre deux chapitres sur la vie fabuleuse de cette grande dame, il nous raconte également sont parcours dans l'écriture de son ouvrage et dans le périple qu'a été son enquête pour découvrir la vie de Charlotte.

Son exercice se rapproche assez du document "Rien ne s'oppose à la nuit" de Delphine de Vigan, qui nous parle de sa mère et de son parcours pas comme les autres. Un récit de vie, avec une touche de fiction pour faire les ponts entre deux événements. Attention, rien de farfelu, les ponts sont toujours crédibles, presque authentiques et avérés.

Monsieur Foenkinos, nous propose ainsi le parcours de cette dame pas comme les autres, qui commence sa vie avec un bagage de suicides dans sa famille, des dépressions en pagaille, des secrets de familles, des non-dits.

Charlotte n'est pas un enfant comme les autres, à peine née, elle rassure tout le monde : elle devient le catalyseur qui empêchera sa mère de se suicider. Quelle mère abandonne son enfant ? Cela fait lourd à porter pour une petite, mais pour les adultes il n'y a rien de grave à se servir d'elle.

Sa mère est terriblement affecté par un événement familial survenu alors qu'elle était adolescente. Depuis, elle a perdue de sa joie de vivre et elle est rapidement rattrapée par une dépression qui s'installe durablement (encore faut il se demander si elle n'a pas toujours été atteint par ce mal). Aujourd'hui on dirait que cette mère était bipolaire, un traitement adapté lui aurait permis de vivre une vie comme les autres. A l'époque, le traitement c'est de la surveiller sans arrêt, de la protéger d'elle-même et de ses tendances au suicide. Le suicide, un mot qui revient à tout bout de champs dans l'histoire familiale de Charlotte.

Comment s'épanouir dans un environnement aussi sombre ? L'art bien sûr ! Charlotte est douée, immensément douée. Son objectif : intégrer les beaux arts.

Cette fois-ci c'est le contexte politique qui la rattrape, le régime nazi s'installe, les droits élémentaires sont peu à peu retirer aux juifs. Alors, intégrer les beaux arts c'est presque impossible. Mais il n'en reste pas moins l'objectif de la jeune fille.

Obstinée, caractérielle, terriblement jalouse, les traits de caractères de Charlotte ne sont pas tous reluisant, il n'empêche qu'on s'attache à elle, qu'on lui souhaite le meilleur dans tous les domaines. On lui souhaite de trouver l'apaisement et une routine ordinaire qu'elle mérite.. Mais le destin n'a pas fini de la malmener.

Verdict : Un roman tragique, sur une période tragique. J'ai appris avec ce roman ce que l'on entend par acte gratuit et vraiment je m'en serait bien passée. Plus qu'un roman, c'est un récit de vie, et c'est sans doute ce qui fait mal au ventre. A lire, à lire, à lire.

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

1 commentaire

  1. Il me faisait déjà de l'oeil depuis sa sortie, parce que je n'ai jamais lu l'auteur, de plus si tu évoque un récit construit comme le brillant Rien ne s'oppose à la nuit, je ne peux qu'aller courir l'acheter. Finalement je me pose une question, Rien ne s'oppose à la nuit m'avait fait mal, tu évoques que celui-ci est tout aussi dur, nous, lecteurs, aimons nous faire mal, par les mots, l'art, c'est un paradoxe tout de même ! Je ne sais comment exprimer mon idée, j'espère que tu comprendras ce que je veux dire...

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