30 décembre 2017

#BLOGLIFE - BILAN 2017 : TOP 10 BANDES DESSINÉES


  • Habibi de Craig Thompson (Casterman - 15/11/2016) 
Craig Thompson nous propose un ouvrage d'une précision remarquable, tant concernant le fond que la forme. Il fait preuve d'un regard très acéré sur la culture orientale et la religion. Il nous parle de réalisation de soi, du rapport à l'autre, de solidarité. Mais aussi de souffrance, de désir, d'émancipation, de croyances. Et encore plus de racisme, de féminisme, d'environnement, du rapport à l'argent, de l'appât du gain.

La structure de l'histoire est ingénieuse. Les allers et retours dans le temps sont finement amenés. Les chapitres se répondent à la perfection et sont rythmés par les paraboles religieuses et mystiques. Le tout, sans perdre en compréhension et lisibilité. À aucun moment, l'auteur n'aborde un sujet sans le traiter en profondeur. Ici, pas de place à la superficialité.

C'est une prouesse ! L'auteur ne nous raconte pas une histoire, il jongle avec et on le regarde éberlué.

Et ce n'est pas fini... Son approche graphique est prodigieuse, je suis allé de surprise en surprise, à chaque planche, j'étais encore plus scotchée que pour la précédente. Aucune planche ne se ressemble, aucune ligne n'est identique. Tout est déconstruit pour composer une harmonie à tomber par terre. L'auteur maîtrise le mouvement, la lumière et les volumes à la perfection. Le tout proposé avec une palette de noir et blanc aux mille nuances.

C'est captivant. C'est impressionnant. C'est homérique !

  • Shangri-La de Mathieu Bablet (Ankama - 02/09/2016)
Les hommes ont détruit la planète terre, ils vivent désormais en vase clos à bord d'une station spatiale qu'ils partagent avec une autre communauté. Pas de pouvoir politique pour les diriger, c'est une multinationale tentaculaire qui s'occupe de créer leur besoin et leur désir et ainsi de les mener par le bout du nez.

L'auteur, sous couvert de son histoire nous propose une critique très vive de la société de consommation, une société et des comportements d'achats compulsifs très proches de notre quotidien en Occident ! Et il ne s'arrête pas là : grâce à la minorité qui cohabite avec les hommes, il dénonce avec beaucoup d'intelligence la xénophobie et les horreurs dont est capable l'homme... Certains passages sont tous simplement insoutenables ! Il aborde également les questions autour de la course scientifique et de l'écologie humaine avec finesse. Tout ça, sans commentaire, c'est au lecteur de faire ses propres interprétations.

Bonus absolu : le dessin est canon et la colorisation démentielle ! Je suis complètement emballée.

  • Brigade des mineurs : immersion au coeur de la brigade de protection des mineurs de Raynal Pellicer et Titwane (La Martinière - 23/03/2017)
Cette immersion de quelques semaines au sein de la brigade de protection des mineurs est très certainement l'album le plus sombre du triptyque, le plus bouleversant, le plus canon !

Le dessin est toujours aussi majestueux et le propos est toujours aussi intéressant et pertinent avec une petite touche d'humour (quand c'est possible, évidemment). C'est un bel hommage à ces équipes confrontées aux pires horreurs.


  • Etre là avec Amnesty International : Angleterre, Allemagne, Argentine, Cambodge, France, Grèce, Ingouchie, Japon, Liban, Syrie de Christophe Dabitch (Futuropolis - 06/11/2014)
Acheté en 2014 est sagement rangé dans ma bibliothèque depuis... Sans préméditation, j'ai lu cet album presque par hasard après une lecture un peu molle, j'avais envie d'histoire, d'engagement, de positionnement, de drame qui a du sens... J'ai eu tellement plus que ça, j'ai retrouvé des dessinateurs que j'adore (Abirached Zeina, Flao Benjamin et Piquet Gabrielle), j'en ai découvert des autres et surtout, j'ai eu l'impression de partager un bout du destin de milliers de gens dont la dignité est bousculée et l'humanité ignorée.

L'auteur, Christophe Dabitch, a parcouru le monde pendant un an à la rencontre d'hommes et de femmes qui se battent pour leurs droits fondamentaux et ceux des autres. À cette occasion, il recueillit 13 témoignages qu'il a confiés à des dessinateurs de talent, chacun avec la liberté de lui donner la forme qu'il désire. J'ai trouvé la démarche pertinente, les témoignages intéressants...

Le fond, la forme, ici tout est canon.

  • Kobané calling de Zerocalcare (Cambourakis - 07/09/2016)
Coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur !

Empruntée un peu par hasard à la médiathèque, commencée parce que je l'avais sous la main, et dès les premières pages, je me suis mise à rationaliser ma lecture pour ne pas le finir trop vite !

C'est l'histoire de Zerocalcare, un bédéiste envoyé par le journal italien L'Internationale aux confins de la Syrie, à Kobané, pour rédiger un article sur la résistance Kurde face au groupe État islamique.

J'ai appris mille et une choses dans cette BD, j'ai eu des révélations inimaginables sur ma propre conscience politique et citoyenne, et surtout, j'ai ri, j'ai, ri, j'ai ri. L'auteur arrive à désamorcer des situations par son humour décapant ! Il nous fait rire, pleurer et découvrir l'envers d'une guerre.

Coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur, coup de coeur !



  • Le roy des Ribauds, Vol. 2 de Vincent Brugeas (Akileos - 18/02/2016)

J'ai feuilleté le premier album par hasard, et tel un coup de foudre j'ai été emportée : L'album est de toute beauté ! Bon sang les dessins et la colorisation sont plus canons que les canons dont j'ai déjà parlé. Au-delà du talent, l'auteur à un pouvoir, celui d'insuffler du mouvement, de l'énergie et du dynamisme à ses dessins. Le tout sous un jeu de lumière incroyable !

Et l'histoire, l'histoire... Une aventure violente, sanglante, fougueuse... et le tout saupoudré d'humour. Un régal : lors de l'hiver 1194, Triste Sire, l'homme qui assure officiellement la garde rapprochée du roi Philippe Auguste, assassine un commerçant. Ses raisons sont légitimes, du moins, à ses yeux et à ceux de ses hommes de main, les ribauds. Manque de pot, le commerçant était un des espions du souverain. Sa mort ne restera pas impunie, d'ailleurs, le roi demandé à Triste Sire la tête des assassins ! C'est le début d'un imbroglio sans fin. Et quel plaisir de voir nos héros tenter de se dépêtrer de leur situation. Tous les coups sont permis, ça tombe bien, nous suivons dans cet album de fins stratèges.

Le tome suivant est dans la même veine. Triste Sir est en mauvaise posture, il a perdu des alliés et le soutient de Philippe Auguste n’est plus sans failles. Il va devoir faire appel à des personnalités qu’il aurait préféré effacer de sa vie. Résultat ? On en apprend plus sur lui. Évidemment, le tome deux est un tome complètement fou : Conspirations, manipulations et batailles. Du sang, du sang, du sang, encore du sang et des larmes. L’auteur n’hésite pas à faire tomber des têtes, d’ailleurs, j’ai eu peur pour celle de Triste Sir, peur pour celle de sa fille, et par-dessus tout, peur pour celle de Michel.

Alors le tome 3, on peut dire que je l'ai attendu, attendu, attendu... Le précédent m'avait laissé avec une monstrueuse crainte concernant Michel. Bon sang, Michel. J'avais peur pour lui et les autres aussi, mais surtout pour lui. Alors une fois récupéré mon album chez mon libraire, je ne me suis pas jetée dessus, j'ai attendu d'avoir du temps pour le savourer, et m'en remettre dans le cas où l'aventure tournerait mal. Et quelle aventure : du sang, des larmes, du sang, des larmes et encore du sang. Le tout saupoudré de stratégie et de calcul.

L'aventure de Triste Sire et ses acolytes se boucle ici en apothéose. Ils ont joué aux jeux des chaises musicales, c'était inattendu et surprenant. C'est la fin d'un cycle, et clairement je me demande ce qui les attend au prochain.

  • La cantine de minuit, Vol. 1 de Yaro Abe (Le Lézard noir - 02/02/2017)

Ce manga, c'est une succession de rencontres éphémères, de moments de vie partagée entre les clients d'un restaurant aux horaires extravagants : de minuit à sept heures du matin. Le patron accueille, ses clients avec une carte très succincte, maïs il propose aussi et surtout à chacun de lui suggérer un plat, plat qu'il prépare s'il dispose de tous les ingrédients.

C'est tour à tour drôle, touchant, triste, énervant ou les quatre à la fois. C'est surtout un véritable petit plaisir de lecture.

  • L'enfant et le maudit : Siuil, a Run, Vol. 1 de Nagabe (Komikku - 09/03/2017)

Un tout petit manga... par ailleurs, très grand d'une multitude de façons.

C'est l'histoire de Sheeva, une petite fille et d'un professeur. Rapidement, il nous sera dit que le professeur est un non humain, tous deux vivent à l'Extérieur. Ils partagent plus que leur quotidien, l'un veille clairement sur l'autre... la question est de savoir, de quoi la protège-t-il ?!

L'auteur nous propose une histoire extraordinaire, pleine de mysticisme, de leçons de vie hautement d'actualité et surtout de magie et de poésie.

C'est beau, c'est touchant, c'est triste, c'est prenant ! Tout est parfait.

  • Les cent nuits de Héro d'Isabel Greenberg (Casterman - 22/02/2017)

J'ai ado-ooo-ré la lecture de cet album qui se dévore comme un conte digne des mille et une nuits !. L'auteur nous propose une histoire de luttes des droits, ceux des femmes, du pouvoir de la lecture et une histoire d'amour, au-delà du genre. À la moitié de ma lecture, j'ai commencé à rationaliser mon avancée, pour ne pas finir trop vite.

  • Une soeur de Bastien Vivès (Casterman - 03/05/2017)

De l'auteur, j'ai déjà eu l'occasion de lire Polina, que j'avais trouvé incroyable. Au moment de sa sortie, il est rapidement devenu le cadeau parfait, j'ai offert par milliers. C'est une très belle bande dessinée en noir et blanc. Le dessin est original et très esthétique pour une histoire riche en rebondissements dans l'univers de la danse classique et contemporaine.

Bonne histoire, dessin talentueux : L'équilibre parfait.

Une soeur m'a rapidement fait l'effet d'une petite madeleine de Proust... Avec Antoine, j'ai revécu mes vacances d'été en famille au bord de la mer. Deux mois au milieu de rien, en totale autonomie et (presque) indépendance, avec pour seules limites : l'absence d'argent de poche et un couvre-feu, avec pour seule consigne : occuper Babybrother ! Pour m'occuper ? Des livres et encore des livres. Pour s'occuper Antoine, lui, il dessine et il aide son petit frère à dessiner aussi. Ils vont à la plage, à la pêche aux crabes... C'est leur petite routine.

Routine qui sera bouleversée par l'arrivée d'Hélène, 15 ans, la fille d'amis des parents d'Antoine. Elle va donner un nouvel élan, un nouvel éclat à ce séjour routinier. Avec elle, Antoine va faire mille et une expériences, s'initier à de nouvelles pratiques et puis grandir au passage.

À l'arrivée d'Hélène, j'ai eu peur que l'auteur s'enlise dans une intrigue facile à base d'adolescence rebelle, pleine de problèmes... Eh bien, pas du tout. Hélène est douce, spontanée et bienveillante, avec Antoine et avec son petit frère. Ils sont complices et soudés, toujours soucieux du bien-être des uns et des autres, soucieux de s'associer et d'éviter les querelles même minuscule.

J'ai passé un chouette moment, cette lecture se lit d'une traite tout en douceur... Et puis op, l'auteur nous pique avec une fin surprenante !

Et vous, quels sont les meilleurs albums de votre année 2017 ?
Au plaisir.

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