Trouble de Jeroen Olyslaegers

10 mai 2019


Résumé :
Anvers, 1940. Wilfried Wils, 22 ans, a l’âme d’un poète et l’uniforme d’un policier. Tandis qu’Anvers résonne sous les bottes de l’occupant, il fréquente aussi bien Lode, farouche résistant et frère de la belle Yvette, que Barbiche Teigneuse, collaborateur de la première heure. Incapable de choisir un camp, il traverse la guerre mû par une seule ambition : survivre. Soixante ans plus tard, il devra en payer le prix.
Récompensé par le plus prestigieux prix littéraire belge, Trouble interroge la frontière entre le bien et le mal et fait surgir un temps passé qui nous renvoie étrangement à notre présent.

Moi j'en dis :
Dans ce roman, Jeroen Olyslaegers raconte la sombre histoire de Wilfried Wils, qui lui-même se raconte à son arrière-petit-fils.

Loin de lui proposer une version édulcorée, il lui confesse sans faux-semblants, sans hypocrisie, sans concession, sa version de lui-même alors qu’il était âgé de vingt ans. Une version, qui a vécu la Seconde Guerre mondiale, qui a assisté à l’Occupation de sa ville, qui a collaboré sans collaborer.

Une version peu glorieuse, ni blanche, ni noire. Une version trouble.

Une version qui a mangé à tous les râteliers au point de se faire engager comme auxiliaire de police pour échapper au STO en Allemagne, sans pour autant (selon lui) tomber dans l’idéologie de l’oppresseur. Pourtant, à l’heure des mesures discriminatoires anti-juives, des arrestations, des lynchages, des rafles et des déportations, son poste l’a placé en témoin (et acteur) de première ligne dans cette administration sujette à la putréfaction entre collabos, miliciens et pro nazis.

Il a été témoin et a agi selon les ordres, sans prendre part volontairement à l’innommable. Être passif, rester neutre, telle était sa stratégie pour survivre. Or, rester neutre en situation d’injustice, c’est choisir le côté de l’oppresseur selon Desmond Tutu. Wilfried tente de se convaincre du contraire. Il tente de délester sa conscience de ce poids.

Par ailleurs, son rôle dans la police ne l’a pas empêché de mener des missions clandestines au sein de la résistance.

Le passé de Wilfried est trouble, ambigu.
Wilfried lui-même est trouble avec sa personnalité clairement multiple. Il faut dire qu’il a un terrain favorable à la dualité : dès l’enfance, dans des circonstances de crise, il a redécouvert son environnement et s’est réappris. Il est allé jusqu’à s’inventer un alter ego sombre et inquiétant, Angelo. D’ailleurs par sa voix, il publie des poèmes !

Verdict : Jeroen Olyslaegers nous propose un roman :
  • trouble, où Wilfried se livre en toute transparence, mais sans jamais nous donner l’impression de le faire en toute sincérité. Il se dédouane sans parler de regrets. 
  • riche où le bien s’oppose au mal ; où se côtoie la question de la responsabilité (et la culpabilité) dans la complicité à l’heure du bilan, au crépuscule d’une vie. 
  • percutant ! Sur l’agencement de la mémoire individuelle dans la mémoire universelle. Qui pose une question existentielle : et nous, qu’aurions-nous fait ? 
  • complexe, notamment par sa narration explosée, qui a l’image d’un puzzle s’imbrique doucement, mais sûrement. 
  • impliquant ! Le lecteur est pris à témoin et est entraîné dans un tourbillon de questionnement.
  • à ne pas rater.
Les infos : 
Date de parution : 09/01/2019
Editeur : Editions Stock
Nb. de page : 448 pages

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.


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