POINT LECTURE #07 : BD

25 juillet 2019



  • Xibalba de Simon Roussin (Editions 2024 - 09/11/2018) *Prix du livre illustré Grand Est 2019.*
1932, l’Aéropostale s’éteint doucement. Au Vénézuela comme ailleurs, les lignes ferment les unes après les autres, malgré l’audace des derniers pilotes…

Eddie, l’Américain, et André, le visage balafré, écument les bars, se racontent leurs pays et leurs compagnons disparus: deux têtes brûlées, deux amis. Voler ? la seule chose qu’ils savent faire et, sans doute, leur dernière raison de vivre. Que faire alors lorsque qu’une ethnologue distinguée puis deux jumeaux taciturnes, recherchent les services d’un aviateur ? Décoller encore une fois, toiser les frondaisons, survoler les fleuves verts; et entendre le nom d’une terre magique, perdue au plus profond de la jungle, que les Indiens nomment Xibalba. 

Mon avis : Mon premier Simon Roussin.
Bon.
Pendant ma lecture, j’ai rapidement réalisé que j’étais en train de passer à côté de quelque chose. Et pas des moindres, Xibalba est la suite de l’album « Les Ailes brisées - Prisonnier des Glaces », que je n’ai pas lu. Internet parle de « fausse-suite », ne comprenant pas le concept, restons sur le fait qu’il s’agit d’un dytique. Les raccords entre les deux histoires sont bien menés, tout est fluide et compréhensible, mais tout de même je suis frustrée d’avoir grillé les ficelles de l’intrigue du premier volume qui m’a l’air plus canon que le mot canon !

Au-delà de ça, Xibalba c’est l’histoire d’une aventure humaine incroyable. Une aventure qui rend hommage à une grande amitié, un grand amour. Une aventure qui se déroule dans les airs avec des pilotes de l’aéropostale ; au sol, au fin fond d’une jungle d’Amérique du Sud, évidemment hautement mystérieuse et mystique, et surtout dans l’esprit. C’est une aventure faite de danger, de rebondissements, de choix. C’est une aventure mélancolique. C’est une aventure lumineuse. Une aventure portée par un dessin profond, mis en valeur par une palette de couleur minimaliste et éclatante.


  • Au-delà des décombres. Six mois plus tard de Zerocalcare (Cambourakis - 06/03/2019)
Toujours submergé par les incessantes sollicitations qu'il reçoit, Zerocalcare n'a pas revu ses amis depuis six mois. Les choses n'ont pas beaucoup changé, si ce n'est que Sanglier est devenu père. Tous se retrouvent d'ailleurs à cette occasion pour faire la connaissance de Mira. Quant à la subvention qu'ils ont demandée pour mener leur projet commun ; le résultat doit tomber le lendemain. Tous sont suspendus à cette décision susceptible d'adoucir quelque peu leur avenir...

Plus encore que dans le premier volume d'Au-delà des décombres, Zerocalcare pointe avec causticité et tendresse les difficultés rencontrées par les trentenaires d'aujourd'hui pour trouver leur place dans une société de plus en plus excluante. Pour un auteur de bandes dessinées à succès comme lui, combien d'étudiants brillants qui ne trouvent pas de travail ; qui se logent difficilement et peinent à avoir des enfants ? Mais comme toujours chez Zerocalcare, le misérabilisme est exclu. Son humour salvateur l'emporte et l'amitié s'impose en valeur cardinale.

Mon avis : Depuis « Kobane Calling », je suis amoureuse de Zerocalcare. Il a l’art et la manière d’aborder les grands et les petits évènements du monde et de la vie. Il le fait avec une autodérision tout à fait délicieuse, sans jamais tomber dans la superficialité. Sous couvert de légèreté, il aborde des sujets qui sont loin de l’être. Avec un ton décalé, il dresse un état des lieux réaliste du monde qui l’entoure.

Dans ce nouvel album, la suite du diptyque « Au-delà des décombres » il nous raconte son quotidien et celui de ses proches. Il raconte leurs moments de complicités et de tensions ; leurs doutes et leurs espoirs, leurs difficultés et leurs aspirations.

L’auteur, tourmenté de toutes parts, met dans cet album beaucoup de sa personne. Il est sincère, toujours aussi drôle, mais surtout très touchant. Sa détresse est palpable et il parvient à mettre des mots sur des questionnements universels qui m’ont secouée. J’ai adoré cette lecture, évidemment. 


  • Le patient de Timothé Le Boucher (Glénat - 10/04/2019) 
La police arrête une jeune fille errant dans la rue, couverte de sang, un couteau à la main. En se rendant chez elle, les agents découvrent avec effroi une scène de massacre : toute sa famille a été assassinée... 6 ans plus tard, Pierre Grimaud, l’unique survivant du « massacre de la rue des Corneilles », se réveille d’un profond coma. L’adolescent de 15 ans qu’il était au moment des faits est aujourd’hui un jeune homme de 21 ans. Désorienté, encore paralysé et souffrant d’amnésie partielle, il est pris en charge par le docteur Anna Kieffer, psychologue spécialisée sur les questions de criminologie et de victimologie. Pendant leurs séances, Anna tente de l’amener à se souvenir des circonstances du drame, malgré ses pertes de mémoire. Pierre lui évoque la présence mystérieuse d’un « homme en noir » qui hante ses rêves, probable réponse inconsciente à son traumatisme. Après plusieurs rendez-vous, Anna découvre en Pierre un être sensible et très intelligent. Touchée par son histoire, elle se met même à le prendre en affection. Petit à petit, une véritable complicité s’installe entre eux. Anna n’imagine pas à quel point ce patient va changer sa vie…

Mon avis : Saisissant. En un mot, cet album est d’un bout à l’autre saisissant. Pour permettre à chacun de l’apprécier à sa juste valeur, je n’en dirai pas plus, simplement que de page en page l’ambiance s’épaissit, le ton s’obscurcit pour aboutir à un final qui laissera plus d’un lecteur hébété.

À l’image de son album précédent, l’auteur nous balade dans un tourbillon de questions et nous mène doucement, mais sûrement dans l’œil du cyclone. C’est typiquement la BD que j’ai envie de conseiller à tout le monde, juste pour pouvoir confronter mes impressions.


N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.

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