Les étrangers de Didier Delome

27 août 2019


Résumé :
Comme il nous l'a appris avec Jours de dèche, son premier livre paru au Dilettante, Didier Delome revient de loin, de bien loin, d'aussi loin que la faillite sociale, la dépression, la précarité quotidienne peuvent vous mener quand, Job réincarné, on a tout, même bien plus et que soudain on n'a plus rien, que tout autour de vous se dissout et se volatilise. Un naufrage qui l'amène, dans ce deuxième roman, à se remémorer, à l'occasion d'un baptême familial, d'où il vient, tout simplement, mais sans pardon, à passer les siens en revue, à tracer une ligne rouge vif sous les colonnes gains et pertes pour apurer les comptes familiaux. 

D'où cette chronique au long cours, cet entrelacement de témoignages à chaud et à vif, zigzaguant entre les amertumes du passé et les médiocrités du présent. Et toute la parentèle et la fratrie d'être convoquées, avant tout sa si belle et si honnie maman « gouine », convoitée bec et ongles par le Tout-Gomorrhe, promise à une vieillesse atroce, à ses maîtresses jet-setteuses, Lucienne et Monique, Loulou de Montmartre, grand chambellan lyrique de la scène trave et des nuits gays, Trésorette et M. Limonade, roi du soda. Une parade sauvage que, enfant triste et brinquebalé puis adolescent aventureux et fugueur, il suit d'un oeil amer et vengeur. Une chronique incandescente des nuits parisiennes des années cinquante, soixante et soixante-dix.

Moi j'en dis :
Autofiction ? Récit de vie ? Mémoire ? Roman ?
L’auteur nous propose un titre dont il est difficile de définir le genre. Cela dit, c’est moi qui aimerais que les frontières du genre soient poreuses. L’histoire est telle que mon empathie me pousse à préférer qu’il s’agisse d’une fiction, que l’auteur se soit arrangé avec la réalité, qu’il ait romancé le tout à tour de bras.

L’histoire, c’est celle de Didier Delome. On le rencontre alors qu’il se cache dans les ombres d’une église pour assister au baptême de sa petite-fille, Françoise. Françoise, elle a le malheur de porter le même prénom que son arrière-grand-mère, la mère de Didier. Un hommage qui tombe à plat tant Didier haï sa mère. Cette cérémonie, c’est l’occasion pour lui de remuer son passé.

Il va confronter ses souvenirs à ceux de Loulou, le meilleur amie de sa mère, et à ceux de Bruno, son père. Chaque narrateur dispense un récit coloré de ses impressions. Ainsi Françoise mère, nous apparaît sous le regard de Loulou, loyale et généreuse ; sous le regard de Bruno, plutôt sulfureuse et versatile ; sous celui de Didier complètement malveillante et perverse. Aucun ne se perd en faux semblant et hypocrisie. Leur discours est franc, souvent cru. Un échange de témoignages et de points de vue qui se croisent, se répondent et se complètent. Un échange qui permet aux lecteurs d’avoir une vision globale de la vie de sa mère avant lui, pendant lui et en parallèle de lui. Un aperçu de son contexte familial dysfonctionnel, en grande partie causé par Françoise mère, une femme marginale, grande favorite du milieu LGBTQIA+ des années 50, éprise de liberté et d’égalité qui n’a pas su être mère.

L’écriture est d’une grande habileté. Très distinguée, avec un choix de vocabulaire précis et recherché, qui ne s’empêche pas d’être brutal et direct ou familier et cru. L’auteur a parfaitement détaché le fond et la forme. En effet, bien qu’il nous parle de sa famille, le style d’écriture laisse percevoir une distance, avec quelques diatribes cathartiques.


Verdict : À l’image du premier roman de l’auteur, j’ai lu ce récit avec avidité. Et clairement vu le propos j’ai peur de ce que ça dit de moi.

Les infos : 
Date de parution : 21/08/2019
Editeur : Editions Le Dilettante
Nb. de page : 256 pages

N'oubliez pas, c'est mon avis : Aimez, détestez, peu importe respectez.
Au plaisir.


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