#BlogLife - Dossier : La Romance Chorale

26 janvier 2019

En septembre 2018, j'ai eu l'occasion de faire une rentrée tout à fait particulière au sein de l'équipe des Romantiques. Depuis, je découvre une nouvelle facette de la romance : l’aspect structurel et surtout le militantisme pour faire gagner au genre plus de légitimité et je me régale de toutes ces nouveautés dans mon quotidien de petite lectrice de romance !

Avec l’équipe, j’ai participé à la rencontre Bookeen spéciale romance organisée à Paris en octobre. J’ai assisté au festival du Roman Feminin. Et enfin, j’ai également eu la possibilité de rédiger des articles pour leur webzine.

C'est dans ce contexte-là que j'ai composé un dossier sur La Romance Chorale. Vous retrouverez ci-dessous la première partie sur les règles, les exigences et surtout les effets de ce procédé d'écriture. Vous retrouverez dans le Webzine du mois de Janvier les deux autres parties. L'une où nous exposerons les résultats d'une petite étude menée sur un panel de lecteurs amateurs de romance que nous avons interrogés sur le sujet et l'autre où vous aurez la possibilité de découvrir les réponses aux questions que nous avons posées à deux auteurs qui utilisent cette méthode.

Choral, adjectif (latin médiéval choralis, de chorus, chœur) : Se dit d'une œuvre dont les différentes intrigues finissent par se rejoindre pour former une unique trame dramatique : Film, livre choral. On nomme ainsi ces œuvres en référence à la polyphonie. Source Larousse. 

Le roman choral n'est pas un genre à part entière, mais simplement une forme d'écriture où l'auteur distribue la narration entre plusieurs personnages. Ainsi, le roman choral désigne tous les romans avec une pluralité de points de vue. Il est également appelé "Roman polyphonique" ou encore le "Roman mosaïque". C'est une forme d'écriture largement répandue dans le paysage littéraire et notamment dans celui de la romance !


Le roman choral se construit sur une seule et unique règle : Il doit y avoir une pluralité des points de vue. Autrement dit, la narration doit être partagée entre plusieurs personnages.

Néanmoins, cette règle peut s'affiner par une contrainte d'écriture, celle de l'égalité de traitement entre les personnages qui partagent la narration. A priori, ils devraient tous avoir la même importance. Dans les narrations qui se partagent entre deux personnages principaux, c'est quasiment automatique. Toutefois, dans les histoires où la galerie de personnages est plus nombreuse, c'est plus compliqué à assurer. Cécile Chomin s'en sort brillamment dans son roman Hot Love Wedding.

Par ailleurs, certains auteurs (qui n'ont pas peur de se compliquer la tâche) ajoutent un niveau de narration en troisième personne à leur roman polyphonique. Cela permet d'avoir des points de vue précis et partiaux associés à un point de vue global et potentiellement omniscient. Souvent ce narrateur « chapeaute » la prise de parole des autres personnages à l'image d'un chef d’orchestre. C'est le cas dans la série "Le chevalier noir" de Diane B. B. Rylia aux éditions MxM Bookmark par exemple.

Ce procédé d'écriture se base sur une règle absolue, mais contraint l'auteur à respecter un certain nombre d'exigences pour donner à son histoire de la crédibilité :
1- L'organisation du temps de parole
Un chapitre par voix, c'est très certainement la formule que l'on rencontre le plus souvent dans les romances chorales. Par ailleurs, pour les titres qui ne respectent pas la répartition équilibrée, il arrive que certaines voix apparaissent de façon systématique mais aléatoire, ou encore à l'improviste pour une révélation ponctuelle par exemple.

2- Diversité des styles
L'auteur doit diversifier les styles et multiplier les formes d'expressions selon le personnage à qui il donne la parole. C'est un exercice d'écriture qu'on retrouve également dans les changements de voix dans les dialogues.

3- Transparence intérieure
Donner la charge de la narration à un personnage nécessite au préalable la création de l'histoire de ce personnage sous toutes ses facettes, notamment son arc dramatique.
Pas de place à l'improvisation, l'auteur doit envisager son passé et son présent dans les moindres détails. Il est compliqué d'avoir le point de vue d'un héros mystérieux qui ne dévoile pas son univers, son mode de pensée, ses conflits intérieurs et ses motivations.
Le lecteur entre dans les rouages de l'esprit du personnage, il doit y trouver de la profondeur et de la matière.

4- Subjectivité et légitimité
Les personnages doivent disposer d'une autonomie, faite d'intrigues secondaires (nombreuses et qualitatives) qui apportent du contenu à leur point de vue. Autrement dit, il faut qu'il leur arrive des choses (intéressantes) pour qu'ils aient des choses (intéressantes) à nous dire.
Les points de vue exposés par l'auteur doivent avoir du sens et doivent se justifier. Ils doivent apporter des informations complémentaires par exemple.

5- Ecriture fragmentée
Les personnages peuvent se donner la parole tour à tour pour raconter : la même scène (on parlera d'écriture en miroir ou en échos) ; la scène qui suit ; la scène en parallèle ou aussi la scène précédente, avec des retours dans le temps !
Les points de vue s'alternent de sorte à interrompre les intrigues secondaires à des moments clés de suspens.
L'alternance du temps de parole entre les personnages nécessite une gymnastique d'écriture, sur laquelle nous reviendrons dans la dernière partie du dossier.

6- Cohérence
L'auteur doit parvenir à tisser une histoire harmonieuse qui fera le lien avec toutes les intrigues secondaires de sa galerie de personnages. Et créer des personnages indépendants qui doivent pouvoir cohabiter ensemble.

Le roman choral se bâtit sur une règle et six exigences rigoureuses qui permettent à l'histoire de s'enrichir en de nombreux effets.
1- Schéma narratif
Le roman choral perturbe la linéarité du schéma narratif classique (Situation initiale > élément déclencheur > péripéties > dénouement > situation finale). Il s'emploie d'ailleurs à l'éclater.
En effet, l'auteur donne à chacun de ses personnages principaux un schéma narratif caractérisé par des intrigues secondaires. Les personnages se placent dans le même espace-temps (ou pas du tout). Autrement dit, ils peuvent se croiser ou être dispersés aux quatre coins du monde à des époques différentes. Néanmoins ils sont liés par une histoire globale.
La nouvelle "Souviens-toi de cette nuit" de Lucie Castel aux éditions Harlequin (dont on ne peut rien dire sous peine de gâcher tout le potentiel de l'histoire) est un exemple court et efficace de la complexité du schéma narratif dans le roman choral.
Le schéma narratif devient volontairement complexe :
"Sur le plan formel, la démultiplication des voix implique des procédés de feuilletage des discours [...]. En effet, les déplacements spatiaux et temporels permis par la représentation de chaque discours obéissent à un principe de complexification [...], et créent une réception volontairement hésitante. Le texte doit ainsi s’appréhender sur le modèle du labyrinthe, ou du puzzle : au lecteur de recomposer le sens de cette juxtaposition de vides et d’ombres. Le roman polyphonique est assimilable à une forme d’investigation par le suspense que suscite la suite des voix, par les blancs qui renouvellent les questions entre les témoignages, par la construction progressive de plusieurs versions des faits qu’il organise ».  Morgane Kieffer, « La chambre d’Écho. Séductions du roman polyphonique du XXe siècle à nos jours ».

Au-delà de cette complexité de la trame narrative, le roman choral a d'autres effets sur l'histoire et sur le lecteur :

2- Omniscience
L'alternance des points de vue permet aux lecteurs d'avoir l'impression de détenir les clés pour saisir l'histoire dans toute sa complexité. Cela lui donne une perspective a priori globale de l'histoire.
Il devra faire le tri dans les informations qui lui sont données par les personnages pour se faire son opinion.

3- Dimension humaine
La multiplication des points de vue permet la répartition de la parole et donc de la vérité.
Chaque personnage a ainsi la possibilité de raconter ses faits et gestes. La liberté lui est donnée pour qu'il le fasse à sa manière, selon sa perception, ses codes, ses principes. Il a la possibilité de donner son interprétation de chaque scène selon son angle de vue.
Ainsi, dans le roman choral, un personnage principal n'est pas dépositaire de la vérité. Cette liberté d'expression ancre l'histoire dans une réalité crédible.

4- Expérience d’identification
Si l'exercice est maîtrisé par l'auteur, le lecteur aura l'impression de pénétrer l'esprit de tous les personnages qui prennent la charge de la narration. Il pourra ainsi appréhender, comprendre et peut-être s'identifier aux réactions du personnage.
"Le roman polyphonique passe d’une narration omnisciente en troisième personne à une narration en première personne, pour donner un accès immédiat à l’intériorité de chaque personnage. Cette bascule énonciative permet de passer outre les conventions du réalisme [...] par l’écriture et la lecture. En donnant la parole aux absents, en cultivant l’impression d’une focalisation dotée d’ubiquité." Morgane Kieffer, « La chambre d’Écho. Séductions du roman polyphonique du XXe siècle à nos jours ».

5- Cadence
L'alternance des points de vue donne un rythme à l'histoire. Si la forme est exploitée correctement cela va souvent de pair avec une écriture dynamique et vivante.
La répartition du temps de parole donne le pouvoir à l'auteur de brouiller l'ordre des événements et de manipuler le lecteur.

Pour aller plus loin dans les effets entraînés par le roman choral, nous allons laisser la parole aux lecteurs que nous avons interrogés. Pour découvrir cette partie (et la suivante) : rendez-vous dans le dossier Les Romantiques du mois de Janvier en cliquant sur ce lien.


Voici les autres articles que j’ai rédigé leur webzine :

Au plaisir.

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